Propos recueillis par Maxime Gasnier

INTERVIEW // Depuis plusieurs années, Valentin Fougeray passe davantage de temps à manipuler la matière, les matériaux, à construire, à dessiner et à chercher qu’à photographier. La photo est devenue pour lui un moyen de laisser une trace durable de ce qu’il construit. Dans sa série Balance (2016-2017), il invite à troubler notre perception par un point de vue figé, permis par le médium photographique.

  • D’où viens-tu et quel est ton parcours ?

J’ai grandi dans une petite ville en campagne sarthoise. Après mes études élémentaires, j’ai intégré plusieurs écoles en lien avec l’architecture et l’urbanisme même si la photo résonnait déjà en moi. À l’époque du collège, l’apparition du numérique, notamment les téléphones portables avec appareil photo intégré, a été une révolution qui m’a vraiment fascinée. Cela correspond à un moment où j’ai « choisi » un chemin différent de mes désirs pour rassurer mes parents même si, finalement, ces études en architecture me plaisaient beaucoup. La photo a pris de plus en plus de place avec une pratique quotidienne et des appareils de plus en plus techniques et performants. En 2008, j’ai pris un tournant décisif en m’orientant vers des études de photographie. J’ai intégré la formation prise de vue aux Gobelins à Paris en 2012, j’en suis sorti diplômé deux ans plus tard. Par la suite, le photographe portraitiste Denis Rouvre m’a proposé d’être son premier assistant. J’ai hésité un moment et puis cette proposition m’a semblé être une passerelle intéressante. Je suis resté à ses côtés durant deux ans, conservant en parallèle une pratique personnelle. J’ai énormément voyagé durant cette période (Gabon, Indonésie, Laos, Vietnam, Inde, États-Unis…) mais également appris les rouages des grandes productions. Depuis maintenant un an, je suis photographe indépendant et je suis représenté par la jeune agence Poly. J’oscille aujourd’hui entre créations photographiques personnelles, portraits et de natures mortes pour la presse, et travaux de commandes pour certaines marques. J’ai réalisé ma première exposition monographique à l’espace T2, à Paris, en juin dernier.

  • Tu as également exposé à Arles, pendant la semaine d’ouverture des Rencontres. Comment s’est présenté le projet ?

Cette opportunité vient d’un appel à projet organisé chaque année par le Club des Directeurs Artistiques afin de mettre en lumière la jeune création photographique. Mes agents chez Poly, Mathilde et Léa, m’avaient parlé de ce concours quelques jours avant la date de fin des candidatures. Il fallait proposer une à deux séries de dix images maximum accompagnées d’une biographie ainsi que d’un texte de présentation des projets. À ce moment-là, je venais de finaliser ma série «Balance» et je travaillais sur la scénographie de l’exposition. Au final, six images ont été exposées à Arles dans la galerie du club, début juillet.

  • Du portrait au set design, comment décrirais-tu ton identité photographique et quelle est ta relation avec ce médium ?

La question d’identité photographique m’importe tous les jours. J’ai l’impression qu’elle se précise au fil du temps. Même si ma culture, mes envies et mes rêves évoluent, il y a des choses qui restent très présentes dans mon travail et qui sont en lien direct avec ma personne. Je dirais que j’ai une approche plastique, graphique et picturale des choses avec de temps à autre un penchant pour le surréalisme. Il m’arrive parfois de comparer ma pratique à celle d’un peintre. Je compose énormément et je suis sans cesse à la recherche d’un équilibre alliant les formes, les matières, l’espace, la couleur. Même quand je réalise un portrait ; j’ai tendance à utiliser l’humain comme un objet, comme une forme dans l’espace, un élément graphique et c’est sans doute pour ça qu’il ne sourit jamais. Je ne cherche pas à illustrer une émotion au sein-même de l’image, mais à ce que l’image, dans son ensemble, puisse procurer une émotion au spectateur. Je pense que c’est grâce à cela que je laisse de la place au visiteur. Même si mes images offrent un point de vue objectif de mon regard, il reste une grande part de subjectivité pour chacun durant la lecture. 

  • On retrouve beaucoup l’esthétique iridescente dans tes travaux. Que t’inspire-t-elle ?

À une période où j’étais en école de photo, je me suis intéressé à la couleur et aux couleurs plus spécifiquement dans ce qu’elles peuvent symboliser. Même si aujourd’hui, je l’utilise d’une manière très spontanée en fonction de ma sensibilité sur le moment, je pense avoir gardé une fascination pour celles-ci. Ces couleurs me permettent d’accentuer l’aspect surréaliste et pictural qui sont deux notions qui m’attirent. Je crois sincèrement qu’elles ont un lien avec nos différentes émotions et cette idée me plaît beaucoup.

  • Comment imagines-tu faire évoluer ta pratique ?

En ce qui concerne la création, j’ai beaucoup d’envies. Je devrais bientôt entamer une série en lien avec l’urbanisme, dans la continuité de Balance. J’aimerais également réaliser une série de portraits orientée mode. Et pour finir, j’ai bien avancé l’écriture d’un court-métrage, alors la vidéo devrait prochainement prendre place dans mon terrain de jeu créatif ! En parallèle, en septembre, j’ai une exposition qui débute dans un centre d’art en Bretagne, le Carré d’Art, qui mettra en lumière deux anciens projets photographiques. //


Valentin Fougeray
www.valentin-fougeray.com


Valentin Fougeray, Balance, 2017
Valentin Fougeray, Balance, 2017
Valentin Fougeray, À l’intérieur, 2014
Valentin Fougeray, Balance, 2017 / set design : Eli Serres
Valentin Fougeray, Balance, 2017 / set design : Eli Serres
Valentin Fougeray, Lou Sautreau, 2016
Valentin Fougeray, Daily Design, 2016
Valentin Fougeray, Balance, 2016
Valentin Fougeray, Balance, 2017 / set design : Eli Serres