Propos recueillis par Karen Le Marec

INTERVIEW // Lancé en 2016 par Hugues Fauchard et Rémi Bats, UNIFORME PARIS dessine un nouveau vestiaire masculin, confrontant l’esthétique d’hier à celle de demain. Prenant appui sur l’uniforme, les collections de la jeune maison déclinent jeux de matières et associations de silhouettes, sans prétention.

  • Pourquoi avoir créé UNIFORME PARIS ensemble et quel est votre parcours ?  ?

Nous nous sommes rencontrés il y a presque six ans lors de nos études au Studio Berçot. Durant cette période, nous avons été amenés à travailler ensemble sur une collection masculine. L’idée de créer tous les deux notre marque a germé très tôt tant la collaboration était évidente et nos personnalités complémentaires. Chacun a évolué ensuite dans de grandes maisons parisiennes, puis nous nous sommes retrouvés en septembre 2016 pour lancer UNIFORME PARIS.  

  • Comment menez-vous cette vie de jeunes créateurs indépendants au quotidien ?

En étant le plus organisé et le plus efficace possible, en travaillant beaucoup et en restant passionné. Il nous faut être à la hauteur de plus grandes maisons et aussi être pris au sérieux, cela demande une quantité de travail énorme. Nous sommes deux à gérer la marque ce qui implique de toucher à tout, il faut jongler au quotidien entre la partie créative et la partie business. Aucune journée ne se ressemble, ce qui est plutôt excitant !

  • Le point de départ de vos collections est l’uniforme : scolaire l’hiver dernier, militaire en permission cet été. Pour cette nouvelle collection, à quel(s) uniforme(s) faites-vous référence ?

L’uniforme, en tant qu’archétype, est toujours au cœur de nos collections mais nous l’avons abordé cette saison d’une manière moins littérale. Nous nous sommes inspiré de la façon dont les jeunes acteurs hollywoodiens des années 90 s’habillent : Leonardo DiCaprio, Johnny Depp, Winona Rider — avec comme film référence Celebrity de Woody Allen. Nous ne sommes donc pas parti d’un uniforme en particulier, mais d’un uniforme d’acteurs, celui qu’ils portent quand ils sortent, entre les plateaux de cinéma et leurs chambres d’hôtel.

  • Quand vous réalisez une collection, quels sont les moments les plus importants

Les moments clés sont la recherche iconographique et la sélection des tissus. Lorsque nous entamons une nouvelle collection, nous avons toujours une figure masculine en tête, réelle ou fictive. Il faut alors lui donner vie et la faire ressortir à travers nos recherches, le choix des matières, des couleurs. Ce que nous préférons, c’est passer du temps à la bibliothèque, regarder des films, lire des ouvrages de différents styles afin de trouver de nouveaux éléments pour raconter nos histoires. Ce sont les seuls véritables moments de calme de la saison.

  • En littérature, qu’aimez-vous ?

Beaucoup de choses différentes ! En littérature classique, on peut citer Balzac, Flaubert, Zola et Perec, notamment pour ce génie commun de la description et du détail. Nous aimons particulièrement travailler le storytelling de nos collections à travers les détails justement. Plus contemporains, deux de nos auteurs préférés sont Truman Capote et Dennis Cooper qui est une figure éminente de la littérature queer. On aime aussi Le Livre pour enfants de Christophe Honoré et notre dernier coup de cœur est le roman Chanson douce de Leïla Slimani, pour cette force dans la description.

  • Une certaine élégance bourgeoise se ressent dans votre dernière collection : des pièces de tailleur, du velours côtelé, des imprimés carreaux. Comment établissez-vous le choix des matières ?

Le tissu doit illustrer les histoires que l’on veut raconter. Nous assumons complètement l’élégance bourgeoise qui peut se dégager de nos vêtements, elle fait partie de l’ADN de la marque. Il y a une forte notion d’héritage dans notre travail que nous nous efforçons de traiter d’une manière plus contemporaine à travers les tissus et les volumes. Aujourd’hui le streetwear occupe une place très importante dans la mode masculine et utilise principalement des matières techniques ; nous voulons un retour aux fondamentaux que sont les rayures, les carreaux, les matières lourdes comme le velours, ou plus précieuses comme la soie. Autre point important, nous choisissons nos matières avec la plus grande rigueur et accordons une importance à leur provenance et à leur impact écologique. Nous avons une préférence pour les tissus italiens et anglais qui présentent des garanties de développement durable.

  • Concernant les accessoires, de quelle manière les travaillez-vous ?

Dès le début, nous avons eu envie d’en faire. C’est un moyen différent de s’exprimer et un véritable atout pour contextualiser une collection. Un tel travail nous donne aussi la liberté de pouvoir expérimenter. Nous avons fait le choix qu’il n’y ait ni cuir ni fourrure dans nos collections, cela nous force à approfondir nos recherches et à choisir des matières inédites comme la toile cirée sélectionnée cette saison.

  • Vous arrive-t-il de penser à habiller les femmes quand vous créez vos vêtements ?

Notre travail a toujours comme même point de départ une figure masculine. Nous aimons particulièrement l’idée que les femmes puissent porter nos vêtements, mais cela ne nourrit pas la façon dont nous les concevons. Il nous arrive de choisir des matières habituellement destinées au vestiaire féminin mais nous ne souhaitons pas être une marque unisexe.

  • Qu’est-ce qui vous intéresse, vous interpelle, vous fascine sur la scène parisienne ?

Nous avons l’impression que Paris revient doucement à la mode après avoir été délaissée. Beaucoup de jeunes créateurs reviennent présenter leur travail ici, il y a une effervescence retrouvée. La scène musicale a aussi renoué avec une certaine splendeur à travers des figures comme Eddy de Pretto, Juliette Armanet ou encore Therapie Taxi. Ce renouveau nous interpelle et nous fascine, il balaie des nombreux codes existants et établis. On se retrouve dans ce que l’on voit, dans ce que l’on entend. Nous sommes de plus en plus nombreux à prendre la parole et à partager nos expériences, cela est fédérateur et apporte un nouvel équilibre. Notre génération a finalement tant des choses à dire et c’est passionnant de l’écouter.

  • Vous avez opté pour ne produire que ce qui est commandé pour certaines pièces. Pourquoi avoir fait ce choix de distribution et ne pas l’étendre à toute la collection ?

Au départ nous avons mis en place ce système de précommandes, afin de limiter nos stocks et de ne pas contribuer au gaspillage et à la surproduction qui est un vrai problème aujourd’hui. Le choix des pièces produites s’est fait naturellement en fonction des retours que nous avons eus. […] Nous proposerons progressivement davantage de pièces de la collection à la précommande. Nous aimons cependant prendre notre temps afin de bien faire les choses. Il est important pour nous de définir pas à pas l’homme UNIFORME PARIS. //


UNIFORME PARIS
www.uniforme-paris.com


All images courtesy of UNIFORME PARIS