Par Henri Guette

EXPOSITION // Nouvelle révélation Perrotin, l’artiste japonais MADSAKI présente pour l’exposition French Fries with Mayo un hommage à la peinture française. Il y poursuit, dans une déclinaison locale de sa série Wannabe, sa réécriture de l’histoire de l’art à la bombe.

Avec le smiley pour signature, MADSAKI s’est rapidement fait connaître sur Instagram pour son humour. Quoi de plus amusant en effet que de voir le visage conquérant de Napoléon d’après David, réduit à trois traits ou encore l’expression renfrognée du baigneur de Cézanne remplacé par un sourire béat ? Sa façon de se réapproprier des tableaux iconiques ou plus largement des images de la culture de masse, qu’il s’agisse de films ou de publicité rappelle la geste néo-pop de Jeff Koons. Des sujets identifiables, un format “tableaux d’histoire” et une volonté de faire de l’art à la limite de la parodie : la série Wannabe s’amuse des définitions classiques de la peinture. Adoubé par Murakami via les réseaux sociaux, MADSAKI a des manières de gosse qui remet en cause, sans avoir l’air d’y toucher, la notion même de valeurs sûres. Son intérêt pour Warhol, dont il reprend plusieurs œuvres, du motif du crâne à celui des fleurs en passant par l’autoportrait, n’est pas feint mais traduit une défiance. Il s’agit aujourd’hui de faire autrement.

Dans son atelier, l’artiste japonais est seul avec ses bombes aérosol, il ne fabrique pas les objets à la chaîne mais bien à l’unité. Face à la saturation des images sur nos réseaux contemporains, il n’invente pas mais reproduit de façon appliquée et manuelle. Loin de la conviction romantique du génie ou de l’idéal de la reproduction de masse, il a transposé une pratique de la rue à la toile. MADSAKI a grandi dans le New Jersey et bien qu’il n’ait jamais œuvré dans la rue, la culture du graff semble l’avoir imprégné. En tant qu’étranger aux États-Unis et plus tard au Japon, où il revenait imprégné d’une culture américaine, le langage est devenu le sujet à part entière d’une autre série de toiles. Au travers de Beyond Words, des mots d’argot permettent à l’artiste de revendiquer une singularité par des conversations imaginées. Si l’artiste leur attribue des propriétés thérapeutiques, Il s’agit avant tout de toiles pour prendre langue et élaborer sinon un vocabulaire du moins une signature, la possibilité d’un espace personnel, d’un monde à soi.

Ce sont autant les couleurs que les coulures des aérosols qui expliquent le succès de MADSAKI. Une forme de candeur tour à tour drôle et touchante. La manière dont il interprète pour Paris les toiles d’Ingres, Delacroix ou Manet avec les moyens limités de la bombe, figure l’amateur. Il n’est pas possible d’obtenir autant de nuances qu’avec une brosse ou un pinceau mais les lignes de force sont soulignées par les blancs qui permettent de distinguer les mouvements de l’artiste. Les coulures et autres projections soulignent une expressivité originale, une touche nerveuse et un peu brute qui contraste avec le cadre très posé des cimaises. La technique impose d’aller vite, même si les passages successifs d’aérosols et la recherche de certains détails prennent du temps. L’artiste n’en est pas à un paradoxe près, lui qui s’identifie volontiers à un clown et ne nie pas plus une tonalité humoristique qu’une approche mélancolique. //


Exposition French Fries with Mayo by MADSAKI
Du 6 au 22 septembre 2018 at galerie Perrotin
76 rue de Turenne 75003 Paris
www.perrotin.com


MADSAKI, Hot Pond, 2018 acrylic paint, aerosol on canvas, 145 x 105 cm, courtesy of the artist & galerie Perrotin, Paris
MADSAKI, Breathless II (inspired by Jean-Luc Godard), 2018, acrylic paint, aerosol on canvas, 100 x 100 cm, courtesy of the artist & galerie Perrotin, Paris
MADSAKI, Une Odalisque II (inspired by Jean Auguste Dominique Ingres), 2018, acrylic paint, aerosol on canvas, 91 x 162 cm, courtesy of the artist & galerie Perrotin, Paris
MADSAKI, The Fife Player II (inspired by Edouard Manet), 2018, acrylic paint, aerosol on canvas, 160 x 97 cm, courtesy of the artist & galerie Perrotin