5 questions à Max Thomas Sanderson

Australien installé à Paris, Max Thomas Sanderson réussit à faire du vêtement un objet contemporain et artisanal, façonné à la main sur le temps long. Décortiquant des pièces iconiques du vestiaire masculin réinventées ensuite par sa signature “slow stitch”, le créateur offre une vision aux antipodes de la fast fashion.

  • Tes créations partagent un aspect contemporain et artisanal à la fois. Comment envisages-tu le lien entre ces deux univers ?

Max Thomas Sanderson : Mes passions pour le design contemporain et l’artisanat ont grandi avec moi simultanément. J’ai toujours été entouré par les processus de fabrication. J’ai grandi dans une famille où “fabriquer des choses” faisait partie de la vie. Du meuble au vêtement en passant par les pratiques artistiques, le travail manuel a toujours été présent dans mon éducation. Ayant grandi dans une Australie semi-rurale, le design contemporain, qu’il s’agisse de mode, d’architecture ou de design produit, était quelque chose qui me semblait exotique à l’époque, et qui m’a donc intrigué. Au début de mon appétence pour la mode, j’ai découvert le lien inséparable qui existe entre les techniques de fabrication et l’aspect esthétique, et comment les deux peuvent être bénéfiques l’un pour l’autre. Au fil des années, j’ai perfectionné mon art et développé ma pratique unique ; et cette harmonie symbiotique est devenue de plus en plus forte. De plus, je pense qu’il peut y avoir des avantages en grandissant en Tasmanie, loin des grandes villes ou des pays avec une longue et forte tradition dans la mode. Paris a un magnifique patrimoine de mode et d’artisanat qui se côtoient, et c’est pour cette raison que j’ai déménagé ici. Cependant, en Australie, pays objectivement jeune, il n’y a pas l’atout de ce long historique qui reflète ces traditions, spécifiques à la culture occidentale. Cela a apporté une fluidité de pensée à mon processus de travail et une vision de l’artisanat et du design contemporain qui se sont parfaitement mélangés.

  • Dans tes vêtements, ta signature visuelle se base sur le “slow stitch”. Peux-tu expliquer ce choix ?

Max Thomas Sanderson : Mon travail pourrait être décrit comme fondamentalement calme et fin. Ce sont deux valeurs que j’admire beaucoup. Dans mon processus, j’essaie toujours d’atteindre cette union de nouvelles solutions et de la connexion qui se trouvent à travers des détails délicats et discrets. Ceci, cependant, crée une sorte d’énigme dans un monde ultra saturé de produits – comment communiquer un message avec des designs subtils ? Cela m’a mené au défi de trouver une signature identifiable pour mon travail, une signature fondée sur l’artisanat et l’intelligence de la main humaine. Après de nombreuses années d’apprentissage et d’expérimentation, en testant différentes idées et en perfectionnant la technique, j’ai finalement développé ce “slow stitch”, soit “le point lent” en français. Il s’agit d’une technique de conception entièrement réalisée à la main que j’ai développée et propre à mon travail. Ce “slow stitch” en soie pure est présent dans toutes mes créations, portant la signature distincte de la main d’artisan. Cette technique de conception et fabrication apporte une véritable intimité aux vêtements que l’on trouve si rarement aujourd’hui, même dans les produits de luxe.

  • Peux-tu nous raconter l’origine de ta marque et la vision que tu partages à travers celle-ci ? 

Max Thomas Sanderson : La façon de développer ma marque éponyme s’est fait progressivement, au fil du temps. Mon travail demande du temps et une réflexion lente et profonde : de la fabrication de pièces uniques pour un petit groupe de clients à ce qu’il est aujourd’hui avec le lancement de mon nouvel atelier et de ma boutique en ligne. Mes pièces tentent de créer une nouvelle vision de la couture et une approche de l’habillement où l’artisanat et surtout la main sont au cœur. J’ai un grand intérêt pour la mode contemporaine et une profonde passion pour la couture et “le fait à la main”. Après avoir travaillé à la fois dans des maisons de couture et des ateliers de tailleur, je n’avais aucune envie de créer ni une marque de mode fonctionnant sous un modèle traditionnel, ni un atelier de couture traditionnel fabriquant des costumes classiques. J’en suis venu à réaliser que ma véritable passion se situait entre ces deux modèles. Mon travail est fondé sur une idée de fusion de ces deux traditions. Un atelier et un designer qui crée une garde-robe contemporaine, utilisant les techniques artisanales du tailleur, mais sans s’y limiter a ses barrières, allant au-delà du genre, de la tendance ou du battage médiatique pour créer une véritable valeur dans les vêtements qui peuvent être transmis au fil du temps.

  • Quel est ce processus de travail ?

Max Thomas Sanderson : La création et la fabrication forment un processus lent. Le point de départ, c’est que je reviens aux éléments archétypaux du vestiaire masculin traditionnel, je les étudie et je les retravaille comme des objects uniques. La notion de soustraction est très présente dans mon travail de studio. Je me contrains a réduire un vêtement à ses éléments fondamentaux, en supprimant tout le “décor” et en ne faisant que des coupes très radicales et nécessaires dans le tissu. L’artisanat est au cœur du processus, utilisant à la fois des techniques de couture traditionnelles et nos propres techniques uniques telles que le point lent. Certains vêtements peuvent être en développement pendant plusieurs mois, fabriqués minutieusement en tenant compte des différents aspects de la coupe, de l’ajustement, des détails et des proportions.

  • Tu parles d'”éditions” plus que de “collections”. Considères-tu tes pièces comme des objets artistiques plus que des produits de consommation ?

Max Thomas Sanderson : Je considère mon travail comme un produit. La couture ou la mode sont des arts appliqués, pas des beaux-arts, selon moi. Cependant, je souhaite élever mes vêtements à un niveau au-delà des produits typiques d’aujourd’hui de la mode, du luxe, et au-delà des idées reçues de la société sur les vêtements. Lorsque vous commandez une pièce Max Thomas Sanderson, vous choisissez un article fabriqué à la main, par mes mains. Ce processus lent et intime ne fonctionne pas avec un calendrier saisonnier de la mode. En fait, j’essaie de ne pas décrire mon travail par le terme “mode”, je préfère “couture contemporaine”. Les éditions ne sont pas rythmées par les saisons, un thème ou un genre, donc je ne pense pas que la notion de collection, du moins au sens traditionnel, s’applique à mon travail. Cela reflète le rythme flexible de ma pratique. Une édition pourrait representer une petite garde-robe de vêtements, une autre édition pourrait explorer un seul archétype, comme la veste sur mesure, une autre pourrait explorer un seul tissu en provenance d’une source rare ou unique. Alors peut-être que mon travail se situe quelque part entre un produit de consommation et un objet créatif artisanal. On pourrait dire que ce sont des objets qui s’intègrent dans la vie, au fur et à mesure qu’on les porte et qu’on les apprécie au fil du temps… 


Max Thomas Sanderson
www.maxthomassanderson.com


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