“La Caverne” : Jonathan Bréchignac réécrit la préhistoire

Statuettes votives, fresques, pierres : les œuvres de Jonathan Bréchignac semblent évoquer des mythes et des symboles qui renvoient à des croyances préhistoriques. Par une pratique interdisciplinaire mêlant sculpture, installation et peinture, l’artiste français interroge les limites entre le naturel et l’artificiel, par une approche croisant réel et fiction.

Deux sentinelles gardent l’entrée de l’exposition, symbolisant une porte menant à une sorte de refuge. Au début de la visite, une pilule au goût herbacé nous est proposée. Une odeur de terre mouillée remplit l’espace, rappelant l’atmosphère humide et poussiéreuse de certaines cavernes. Au centre de la pièce, trois bouteilles servent de support à une large pierre coiffée d’un chapeau sur laquelle ont poussé des champignons, suggérant un objet rituel. Un feu de camp, entouré de nombreuses pierres, accentue le sentiment de se retrouver dans une caverne. Pourtant, le caractère syncrétique de l’archéologie de cet environnement nous limite à savoir s’il s’agit du refuge d’une civilisation passée ou de l’abri d’une nouvelle société.

Jonathan Bréchignac (né en 1985, France) s’inspire du vivant pour créer son propre vocabulaire, à mi-chemin entre l’organique et le technologique. En utilisant des matériaux synthétiques et naturels tels que la résine et l’argile, et avec l’aide des nouvelles technologies, le plasticien explore des possibilités hybrides. Au fond de la galerie devenue grotte, une large fresque rappelle une peinture pariétale, avec des références à des animaux et des figures mythiques. La couleur verte, d’une intensité presque phosphorescente, enrobe tout, renvoyant à la fois à l’artificiel et au naturel. La bande son de « La Caverne » évoque également un monde souterrain, alternant sons organiques et synthétiques, conjuguant bruits d’animaux et de pierres qui s’entrechoquent à des sons d’ambiance amplifiés à l’extrême par des synthétiseurs.

La coexistence du naturel et de l’ artificiel est poussée à un tel point dans le travail de l’artiste, qu’il devient difficile de distinguer l’un de l’autre. Jonathan Bréchignac utilise l’invocation du fictif de manière plausible pour accéder à une vérité différente : son approche navigue entre l’inconcevable et le crédible, l’illusion et la science, brouillant les schémas de la perception. Il s’agit, au fond, d’une enquête sur les différentes possibilités que peut engendrer la relation entre l’organique et la technologie. L’exposition constitue ainsi une invitation à dévoiler ce qui est caché, nous montrant que les possibilités peuvent être infinies si nous gardons nos sens en éveil.


Exposition “La Caverne” by Jonathan Bréchignac
Jusqu’au 3 décembre 2022 at galerie Julie Caredda
7, rue des Gravilliers – 75003 Paris
juliecaredda.com


Jonathan Bréchignac, Artefact – visage 1, 2022, courtesy of galerie Julie Caredda © Axel Fried

Jonathan Bréchignac, Spiritus Mundi, 2021, courtesy of galerie Julie Caredda © Axel Fried

Jonathan Bréchignac, Statuettes, 2022, courtesy of galerie Julie Caredda © Axel Fried

Jonathan Bréchignac, “La Caverne”, détail, 2022, courtesy of galerie Julie Caredda © Axel Fried

Jonathan Bréchignac, Statuette 5, 2022, courtesy of galerie Julie Caredda © Axel Fried

Jonathan Bréchignac, Statuette 23, 2022, courtesy of galerie Julie Caredda © Axel Fried

Jonathan Bréchignac, Statuettes, 2022, courtesy of galerie Julie Caredda © Axel Fried

Jonathan Bréchignac, Fresque, 2020, courtesy of galerie Julie Caredda © Axel Fried

“La Caverne” : Jonathan Bréchignac réécrit la préhistoire