On a aimé : Dominique Gonzalez-Foerster chez Chantal Crousel

Envisageant la chambre comme “un espace mental où l’on compose une ambiance”, Dominique Gonzalez-Foerster établit à la galerie Chantal Crousel l’une de ses premières pièces qui convoque le souvenir de sa mère. Une installation à la croisée du récit de soi et de l’expérience spatio-temporelle. 

Cherchant la seconde entrée de la galerie Chantal Crousel, scrutant les plaques de rues, mon esprit trébuche et lit “rue de Saintsonge”, là où l’espace se trouve au numéro 5 de la rue de Saintonge. La psyché se serait déjà préparée à entrer dans cet état bien particulier que seul une chambre habitée depuis plusieurs années peut procurer. Quelques heures avant le sommeil, la chambre nous pousse à nous engouffrer dans un état de relâchement pensif, propice aux longs temps de rêveries ou d’angoisse. Elle est l’expression matérielle d’une personne projetée entre quatre murs. C’est depuis cet espace-temps intime, reculé, aussi vulnérable qu’une plaie ouverte dont on pourrait observer les rougeurs, que Dominique Gonzalez-Foerster construit sa pièce Nos années 70 (chambre) (1992).

L’artiste pense les chambres comme des images à pénétrer, une extension de l’imaginaire en trois dimensions. Le goût que traduit Nos années 70 (chambre) : mur violet, dessus de lit fushia, tenture indienne et lampe Boalum (produite entre 1970 et 1983), est une évocation directe de la jeunesse de la mère de l’artiste. Il est aussi question des rapports s’établissant entre le zeitgeist et l’individualité au sein de l’intimité matérielle que sont les objets sélectionnés pour peupler un intérieur. Comment s’approprier l’esprit du temps ? Comment chemine la pensée à travers les mascottes d’une époque ? La chambre est autant le lieu d’une expression de soi, quasi adolescente, que la mise en scène d’un imaginaire commun. Abri du corps et des activités secrètes autant que vestibule vers les rêves, elle montre tout ce qui, de notre personnalité, est maîtrisé, revendiqué comme une succession de choix menant vers un style toujours daté.

Mais si le récit de soi tel qu’il se matérialise dans des objets choisis intéresse tant Dominique Gonzalez-Foerster — puisqu’elle crée depuis les années 1990 plus d’une soixantaine d’installations-chambres — c’est aussi parce que ces espaces exhibent ce qui nous échappe. On choisirait un style pour gommer les aspérités indésirables de notre personnalité. Les autres pièces présentées en marge de l’installation, parmi lesquelles une série de photographies dont les cadres rappellent le bleu du ciel, sont positionnées en contrechamp du repli symbolique de Nos années 70 (chambre). Il s’agirait d’une invitation à considérer les rêves qui naissent au cœur de cet espace intime comme l’expression incontrôlable du monde extérieur, des angoisses nourries par ce sentiment d’appartenir autant à une époque qu’à soi-même. Mais au-delà de cette incursion des objets du quotidien dans l’art des années 1990, l’œuvre de l’artiste montre aussi comment une artiste conçoit l’espace privé, dont l’atelier est l’une des formes les plus importantes pour un artiste, c’est-à-dire un lieu en constante discussion avec l’inconscient d’une époque, intime parce qu’il est d’abord un mystère pour son propre habitant. 


Exposition “Nos années 70 (chambre)” by Dominique Gonzalez-Foerster
Jusqu’au 27 janvier 2024 at Galerie Chantal Crousel
 5, rue de Saintonge – 75003 Paris
crousel.com


Dominique Gonzalez-Foerster, Nos années 70 (chambre), 1992, vue d’exposition, Galerie Chantal Crousel, Paris, 2023-2024. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel. Photo : Jiayun Deng. © Dominique Gonzalez-Foerster / ADAGP, Paris (2024).

Vue de l’exposition “Nos années 70 (chambre)” de Dominique Gonzalez-Foerster, Galerie Chantal Crousel, Paris, 2023-2024. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel. Photo : Jiayun Deng. © Dominique Gonzalez-Foerster / ADAGP, Paris (2024).

Dominique Gonzalez-Foerster, Part Two (Constructing), 1992, 2 chaises, 2 images de plans contrecollés, photographies encadrée, jeu Montessori, dimensions variables. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris. Photo : Jiayun Deng. © Dominique Gonzalez-Foerster / ADAGP, Paris (2024).

Dominique Gonzalez-Foerster, Blue Diary (18.5.94.5), 1994, photographie et impression papier sur Plexiglas, 67 x 57 cm (encadré). Courtesy de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris. Photo : Jiayun Deng. © Dominique Gonzalez-Foerster / ADAGP, Paris (2024).

Dominique Gonzalez-Foerster, Home Cinema, 1997, tirage argentique, cadre d’artiste, 69 x 49 x 4 cm (encadré). Courtesy de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel, Paris. Photo : Jiayun Deng. © Dominique Gonzalez-Foerster / ADAGP, Paris (2024).

On a aimé : Dominique Gonzalez-Foerster chez Chantal Crousel
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