Festival Circulation(s) : 10 photographes à ne pas manquer

Jusqu’à fin mai, le CENTQUATRE accueille le festival Circulation(s) dédié à la jeune photographie européenne qui prend le pouls d’une création toujours plus polymorphe. Parmi les talents de cette seizième édition, en voici dix à retenir absolument.

Vingt-six artistes de quinze nationalités : en réunissant autant de regards dans l’espace culturel parisien, le festival Circulation(s) poursuit son éclairage d’une scène photographique européenne contemporaine en perpétuel mouvement. Si leurs images portent toutes une singularité esthétique qui leur est propre, les artistes de cette édition se rejoignent sur les thèmes qui habitent leur œuvre. Toutes et tous développent une iconographie qui résonne avec l’actualité, qu’elle soit sociale, politique, culturelle ou environnementale. « Face à un monde instable, traversé par l’incertitude et le sentiment de perte de contrôle, les artistes font le choix d’une théâtralisation assumée. En proposant des microcosmes, des fictions ou des mises en scène du réel, iels investissent l’imaginaire comme espace de résistance, de réappropriation du récit et du regard. Si les couleurs vives, l’humour et les formes ludiques dominent souvent, cette légèreté apparente sert des enjeux profonds : derrière le pop, le politique ; derrière l’esthétique, la radicalité. », précise le collectif Fetart, fondateur et directeur artistique du festival. 

Sadie Cook & Jo Pawlowska (né·es en 1997 et 1990, Islande)

Basé·es à Reykjavik (Islande), Sadie Cook & Jo Pawlowska déploient ensemble une pratique multimédia qui redéfinit les codes de représentation identitaire : genre, sexualité, classe sociale… Le duo échappe aux images stéréotypées pour esquisser de nouvelles situations où se jouent toute une série de corps équilibristes, de gestes flottants et de mises en scène fantasmées.

Sadie Cook & Jo Pawlowska, Everything I Want to Tell You.

Maximiliano Tineo (né en 1988, Italie)

Originaire d’Argentine, Maximiliano Tineo aborde ici la légende sud-américaine du Rey Blanco, selon laquelle on atteignait par un fleuve le royaume d’un monarque sur une montagne d’argent. Entre portraits et paysages, le photographe enquête et reconstitue les traces postcoloniales de ce mythe, alors que la Bolivie, l’Argentine et le Chili concentrent aujourd’hui plus de 65% des réserves mondiales du lithium, faisant de cette zone un eldorado contemporain.

Maximiliano Tineo, El Rey Blanco.

Ellen Blair (née en 1988, Irlande)

Alors que Circulation(s) accorde cette année un focus à l’Irlande, Ellen Blair fait sans doute partie des jeunes phtographes à suivre. Explorant par le biais de scènes intimes et complices les thèmes du plaisir queer et du bien-être mental, elle présente ici « Homemade Undercuts », une série qui s’articule autour de la coupe capillaire. L’accent mis sur les cheveux comme symboles identitaires des milieux LGBTQIA+ offre une lecture tendre des relations intra-communautaires.

Ellen Blair, Homemade Undercuts.

Joanna Szproch (né en 1979, Pologne)

Militante basée à Berlin, Joanna Szproch use de la « rébellion créative » pour explorer la résistance féminine, qu’elle incarne avec Alltagsfantasie. Ce projet à la croisée de la performance et de la photographie s’illustre d’actes anodins qui deviennent « des gestes de défi et des symboles de liberté imaginative ». Une pratique que l’artiste développe depuis plus de dix ans à travers l’image et qui s’étend aujourd’hui aux objets.

Joanna Szproch, Alltagsfantasie.

Konstantin Zhukov (né en 1990, Lettonie)

Basé entre la Lettonie et le Royaume-Uni, Konstantin Zhukov effectue un travail de recherche iconographique autour des sujets invisibilisés par le système hétéronormatif d’archivage et d’écriture de l’histoire. Son projet « Black Carnation » — titre emprunté au terme désignant les hommes gays dans la presse lettone avant la Seconde Guerre mondiale — compile un ensemble d’images où la censure et la disparition sont traitées en filigrane.

Konstantin Zhukov, Black Carnation Part Three.

Ruby Wallis (née en 1975, Irlande)

La photographie de Ruby Wallis questionne les tensions entre sauvage et domestique, ordre et désordre, à l’image des flashes qui traversent la nuit dans sa série « Bloodroot and Foxglove ». L’artiste traverse l’un des plus anciens jardins cultivés d’Irlande, notamment par des demandeurs d’asile, où les notions de déplacement, de mémoire et de guérison imprègnent les lieux dans une sorte de brutalité fragile.

Ruby Wallis, Bloodroot & Foxglove.

Tanguy Muller (né en 1997, France)

Réalisés à la main, les tirages monumentaux de Tanguy Muller mettent l’accent sur le monde vivant dont les formes sont contrôlées, voire aseptisées, par l’humain. Entre buissons taillés géométriquement et chiens toilettés, le photographe passé par l’École supérieure d’art et de design de Reims éclaire les usages de domestication régis par l’obsession du soin et de la préservation.

Tanguy Muller, Feuillages rebelles, pelages revêches.

Nina Pacherova (née en 1988, Slovaquie)

Avec « The Reality Check », Nina Pacherova prend appui sur la maternité pour examiner la question du contrôle de l’identité féminine. Traduisant dans une esthétique de glitch des images issues des Sims qu’elle déconstruit puis reconstruit, matériellement, notamment par le biais de tapisseries créées en collaboration avec l’artiste Karolina Tomasewska, elle rend compte de récits mixtes où fiction et réalité se confondent pour dessiner de nouveaux artefacts. 

Nina Pacherova, The Reality Check.

Manon Tagand (né en 1997, France)

Nourrie par la mémoire et le portrait, la pratique de Manon Tagand s’étend dans une tonalité intime avec son projet « Boîte noire ». Au gré d’images en noir et blanc, la jeune Française révèle une série de fragments d’histoire liée à son père dont elle a hérité d’appareils photos et de pellicules après son expulsion. Entre enquête généalogique et road-trip, l’artiste tente de remonter le fil de son mystérieux récit familial de la France au Cameroun. 

Manon Tagand, Boîte noire.

Ricardo Tokugawa (né en 1984, Brésil)

Brésilien, petit-fils d’immigrants d’Okinawa, Ricardo Tokugawa aime à explorer les dimensions multiculturelles qui imprègnent l’identité familiale, l’ancestralité et l’espace domestique. À travers des mises en scène décalées, le photographe saisit des portraits qui interrogent l’existence et l’appartenance, tout en apportant une nouvelle définition des relations humaines et matérielles.

Ricardo Tokugawa, Utaki.


Festival Circulation(s)
Du 21 mars au 17 mai 2026
CENTQUATRE – 5, rue Curial 75019 Paris
festival-circulations.com


Festival Circulation(s) : 10 photographes à ne pas manquer