Prenant des accents cubistes et structurée par une palette chromatique vivante, l’œuvre figurative de Danielle Orchard s’expose chez Perrotin, à Paris. L’artiste américaine y déroule un nouveau corpus de toiles qui aborde le sujet féminin, ancré dans une picturalité matissienne ou picassienne.
Danielle Orchard (née en 1985, États-Unis) peint des femmes depuis ses débuts. Des femmes seules, souvent allongées, dans cet état suspendu entre l’action et la rêverie, que ses premières toiles avaient rendu reconnaissables. Ces deux dernières années, son œuvre a traversé une zone de bascule plus intime : des fausses couches suivies d’une naissance. Sa peinture s’en est trouvée transformée, comme rallumée par quelque chose de plus lumineux, de plus peuplé. « Borrowed Chord », sa deuxième exposition parisienne chez Perrotin, à Paris, en est le reflet direct.
Dans Goldfish (2025), une femme est assise dans un fauteuil, jambes croisées, tandis qu’un enfant joue seul au sol, qu’un chat dort et que la lune apparaît à la fenêtre. Le bleu envahit tout. La scène dit une maternité ordinaire, sans idéalisation ni drame, avec cette coexistence étrange de deux êtres dans le même espace, chacun dans son monde, une fois la nuit tombée. Frieze I (2026) lui répond depuis une autre salle. Cinq figures debout, vues de dos, ont les pieds dans une eau peu profonde. Danielle Orchard s’est inspirée des bas-reliefs du musée archéologique d’Athènes, de cette manière qu’ont les sculptures antiques de maintenir une présence individuelle dans la masse. Elle en propose une autre version, vue de face, plaçant le visiteur dans la position de quelqu’un qui tourne autour d’une frise, qui cherche le bon angle. Là où Goldfish montre la solitude au sein du lien, Frieze I montre le lien au sein du groupe.
Dans la toile qui intitule l’exposition, Borrowed Chord (2026), deux femmes jouent de la musique ensemble, une partition ouverte au sol entre elles. Le titre vient d’un concept musical que l’artiste dit avoir découvert grâce à son mari guitariste : un accord emprunté à une tonalité parallèle, une légère déviation qui fait naître une impression familière qu’on ne sait nommer. Danielle Orchard travaille ainsi la couleur, par glissements et écarts subtils. Dans Morning Practice (2026), une femme tend un dessin à une autre par-dessus une table, rappelant la partition entre les musiciennes.
Winter (2025), Escape (2026) et Bachelorette (2026) évoquent le fait que rien n’est complètement résolu. Winter est sans doute la toile la plus sombre de l’exposition : une femme seule allongée dans des tons de brun et de bleu nuit. Escape montre une figure nue debout face à une fenêtre ouverte sur une ville géométrique. Bachelorette inverse la gravité : une femme tête en bas, tenant un bouquet de fleurs jaunes, les yeux fermés, le corps vulnérable et pourtant libre. Le repli et la solitude n’ont pas disparu du travail d’Orchard mais ne sont plus son seul horizon.
Accrochée plus discrètement, une toile de petit format attire enfin le regard : Semi Self (2026), visage frontal sur fond jaune-vert acide. Un autoportrait partiel, presque à hauteur de trou de serrure, qui prend une autre force après avoir vu les grandes figures autour. On y revient, puis on y revient encore. •
Exposition « Danielle Orchard. Borrowed Chord »
Jusqu’au 18 avril 2026 chez Perrotin
76, rue de Turenne – 75003 Paris
perrotin.com

Vue de l’exposition « Borrowed Chord » de Danielle Orchard, Perrotin, Paris, 2026. Courtesy de l’artiste et Perrotin. Photo : Claire Dorn.

Danielle Orchard, The Goldfish, 2025, huile sur toile, 170,2 × 221 cm. Courtesy de l’artiste et Perrotin. Photo : Claire Dorn.

Vue de l’exposition « Borrowed Chord » de Danielle Orchard, Perrotin, Paris, 2026. Courtesy de l’artiste et Perrotin. Photo : Claire Dorn.

Danielle Orchard, Bachelorette, 2026, huile sur toile, 229 × 142 cm. Courtesy de l’artiste et Perrotin. Photo : Claire Dorn.

Danielle Orchard, Semi-self, 2026, huile sur toile, 27,9 × 22,9 cm. Courtesy de l’artiste et Perrotin. Photo : Claire Dorn.

Danielle Orchard, Winter, 2025, huile sur lin, 88,9 × 68,6 cm. Courtesy de l’artiste et Perrotin. Photo : Claire Dorn.

Danielle Orchard, Escape, 2026, huile sur lin, 131 × 81 cm. Courtesy de l’artiste et Perrotin. Photo : Claire Dorn.


