Quelles expositions voir pendant la Biennale de Venise ?

Des pavillons nationaux aux expositions plus confidentielles qui ponctuent la ville, la Biennale de Venise réunit cette année des propositions guidées par la sentimentalité et les archétypes. Sélection de six événements à ne pas manquer. 

Sanya Kantarovsky au Palazzo Loredan

Imprégnées d’une certaine vulnérabilité qui transparaît par les situations dans lesquelles elles sont imagées, les figures de Sanya Kantarovsky (né en 982, Moscou) investissent les murs de l’Institut vénitien des sciences, des lettres et des arts, logé sur les abords du Campo Santo Stefano. Si l’accrochage se veut établir un dialogue avec l’architecture du lieu, « Basic Failure » réunit surtout une série de portraits touchés par la mélancolie, la solitude, la chute. À l’image du regard nostalgique du Boy with Cigarette (2026) ou de l’écrasement fatal d’un centaure (Death of a Centaur, 2026), chaque personnage représenté par Kantarovsky témoigne d’une réflexion continue sur les thèmes humanistes et l’histoire de l’art. Par l’aquarelle ou la peinture à l’huile, l’artiste imbibe ses toiles de lavis et d’empâtements aux touches crayeuses voire argileuses qui rappellent la tradition fresquiste. Jusqu’au 22 novembre 2026 — Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti, Palazzo Loredan – Venise — modernart.net.

Sanya Kantarovsky, Boy with Cigarette, 2026, huile sur lin, 40,6 × 30,5 cm. Courtesy de l’artiste.

Sanya Kantarovsky, Death of a Centaur, 2026, huile et aquarelle sur toile, 265,5 × 233,5 cm. Courtesy de l’artiste.

Oriol Vilanova au pavillon espagnol 

Pour Oriol Vilanova (né en 1980, Manresa), collectionner la carte postale est moins une pulsion matérielle personnelle qu’un geste d’archivage des traces du passé. Dans le pavillon espagnol établi dans les Giardini de la Biennale, cet acte obsessionnel entamé par l’artiste il y a une vingtaine d’années se révèle à son paroxysme : chaque mur s’habille, du sol au plafond, de milliers de photographies glanées dans les marchés aux puces. Interrogant le musée en tant que système d’acquisition, de préservation et de valorisation de l’histoire culturelle, Vilanova confronte ainsi le regardeur à une mémoire fragmentée qui circule à travers l’image. Sans démontrer un répertoire chronologique, mais privilégiant ici et là une organisation chromatique, « Los restos » s’affirme comme une accumulation absorbante qui tempère la privation de pouvoir lire les écrits d’anonymes au dos de ces icônes imprimées. Jusqu’au 22 novembre 2026 — Pavillon espagnol, Giardini – Venise — accioncultural.es.

Vue de l’exposition « Los restos » d’Oriol Vilanova, pavillon espagnol, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste. Photo : Roberto Ruiz.

Vue de l’exposition « Los restos » d’Oriol Vilanova, pavillon espagnol, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste. Photo : Roberto Ruiz.

Détail de l’exposition « Los restos » d’Oriol Vilanova, pavillon espagnol, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste. Photo : Roberto Ruiz.

Hernan Bas à Ca’ Pesaro

Comme l’incarne son titre, « The Visitors » traverse le thème du tourisme, résonant ainsi avec l’inévitable phénomène de masse qui saisit Venise. Si Hernan Bas (né en 1978, Floride) y a récemment effectué une résidence, l’artiste américain en retient ici une galerie de portraits immergés dans des contextes à la fois réels et imaginaires. Dévoilant une trentaine de peintures inédites au Ca’ Pesaro, sous le commissariat d’Elisabetta Barisoni, ses protagonistes aux visages juvéniles évoluent dans des décors aquatiques, historiques et touristiques, qui représentent un monde ancré dans le consumérisme et le divertissement. « Cette série monumentale traduit une réalité qui s’impose sans cesse à nos yeux : celle d’un tourisme naïf et voyeuriste qui dépasse les limites du respect d’autrui et, dans les cas extrêmes, de la dignité humaine. Dans ces œuvres qui, à première vue, ressemblent à des photos souvenirs ou à des objets exotiques, l’histoire et la mémoire s’estompent peu à peu, tandis que le sens même de la réalité commence à s’effriter. », renseigne la commissaire. Jusqu’au 30 août 2026 — Ca’ Pesaro – Venise — perrotin.com.

Vue de l’exposition « The Visitors » d’Hernan Bas, Ca’ Pesaro – International Gallery of Modern Art, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste, de Lehmann Maupin, Perrotin et Victoria Miro.

Hernan Bas, Just shy of his boiling point (hot springs, Iceland), 2025. © Hernan Bas. Courtesy de l’artiste, de Lehmann Maupin, Perrotin et Victoria Miro.

Yto Barrada au pavillon français

Dans le pavillon français, le visiteur traverse un espace multimédia drapé, où les couleurs, les matières et les formes se répondent de pièce en pièce. Imaginée par Yto Barrada (née en 1971, Paris), la proposition curatée par Myriam Ben Salah réactive la figure cosmique de Saturne — planète de la mélancolie, de la solitude, de la contemplation et de la patience — en croisant sculptures et installations, films et impressions. Le dispositif polymorphe, baigné dans une lumière naturelle qui participe au propos et altère subtilement le textile tout au long de la présentation, inscrit l’exposition dans un récit en mutation permanente. Entre poésie et politique, croyances antiques et phénomènes contemporains, les différentes séquences de « Comme Saturne » s’organisent comme une constellation d’objets faisant converger les notions de rites, de cultures et de croyances avec celles d’industrialisation, de productivité et d’érosion. Jusqu’au 22 novembre 2026 — Pavillon français, Giardini – Venise — institutfrancais.com.

Vue de l’exposition « Comme Saturne » d’Yto Barrada, pavillon français, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste et de l’Institut français. Photo : Jacopo La Forgia.

Vue de l’exposition « Comme Saturne » d’Yto Barrada, pavillon français, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste et de l’Institut français. Photo : Jacopo La Forgia.

Vue de l’exposition « Comme Saturne » d’Yto Barrada, pavillon français, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste et de l’Institut français. Photo : Jacopo La Forgia.

« Outta Love » au Palazzo Vendramin ai Carmini 

En marge de la Biennale, le Palazzo Vendramin ai Carmini accueille une exposition collective de plusieurs artistes internationaux, émergents comme établis — Angela Brandys, Darren Bader, Vivian Maier, Milko Pavlov, Jenny Saville, Daniel Spivakov, Wolfgang Tillmans, Lawrence Weiner et Francesca Woodman. Intitulée « Outta Love », elle explore l’idée de transformation émotionnelle en déployant un éventail de médiums et de techniques qui retranscrivent l’intimité et l’identité à travers des images grand format. Le corps, fantomatique ou érotique, métaphorique ou figuratif, apparaît dans cet ensemble d’œuvres à la fois comme sujet et comme surface. Tout dialogue sensiblement avec le cadre défraîchi du palazzo, qui vient enrober chaque pièce d’une atmosphère fragile et liminale, entre mémoire oscillante et identités changeantes. Jusqu’au 30 juin 2026 — Palazzo Vendramin ai Carmini – Venise — stallmann.club.

Vue de l’exposition « Outta Love », Palazzo Vendramin ai Carmini, Venise, 2026. © Stallmann Galleries. Photo : Ugo Carmeni.

Vue de l’exposition « Outta Love », Palazzo Vendramin ai Carmini, Venise, 2026. © Stallmann Galleries. Photo : Ugo Carmeni.

Maja Malou Lyse au pavillon danois

L’intérieur est clinique, futuriste, presque dystopique, et pour cause : Maja Malou Lyse (née en 1993), la plus jeune artiste à avoir représenté le Danemark à la Biennale de Venise à ce jour, transforme le pavillon du pays en une capsule sci-fi habitée d’écrans XXL et plafonnée de leds. Ainsi cette diplômée de la Royal Danish Academy of Fine Arts emprunte les codes visuels et le titre de son installation à Things To Come, film sorti en 1936 et adapté du roman de H. G. Wells The Shape of Things to Come paru trois ans plus tôt qui a marqué les esprits pour son regard spéculatif porté sur l’avenir des technologies et de l’humanité. Ici, Maja Malou Lyse transpose cette impulsion en s’intéressant à des recherches scientifiques récentes suggérant que le sexe virtuel peut augmenter de manière mesurable la motilité des spermatozoïdes. Entre signaux pornographiques et environnement artificiel, l’exposition formule une cyber-fiction magnétique dans une esthétique ultra aseptisée. Jusqu’au 22 novembre 2026 — Pavillon danois, Giardini – Venise — kunst.dk.

Vue de l’exposition « Things To Come » de Maja Malou Lyse, pavillon danois, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste et de The Danish Arts Foundation. Photo : Ugo Carmeni.

Vue de l’exposition « Things To Come » de Maja Malou Lyse, pavillon danois, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste et de The Danish Arts Foundation. Photo : Ugo Carmeni.

Vue de l’exposition « Things To Come » de Maja Malou Lyse, pavillon danois, Venise, 2026. Courtesy de l’artiste et de The Danish Arts Foundation. Photo : Ugo Carmeni.

Quelles expositions voir pendant la Biennale de Venise ?