À la Chapelle Saint-Jacques, se déploie la nouvelle exposition de Sarah Tritz : un accrochage coloré et faussement naïf, qui invite à creuser sous les traits enfantins pour dénicher les failles de notre société.
Lorsqu’on entre dans la grande et majestueuse salle de la bâtisse du 17e siècle, on est surpris d’être accueilli par cette parade, ce « cortège » imaginé par Sarah Tritz (née en 1980). La frise horizontale composée de dinosaures, d’éléphants, d’un chat momie et de ponettes est une évocation des manifestations populaires et sociales qui grondent dans la rue et qui, le jour du vernissage, troublaient la circulation. Les voitures, les bus, les camions et les bateaux sont dotés de noms (Peppa, Down, Naïvement) et de visages. Sur le mur de gauche, trois grands arbres — baobabs et agaves — ont été dessinés au pastel sur un enduit appliqué à même la paroi. Les troncs sont immenses et larges, couleur terre ou arc-en-ciel, les feuilles roses, jaunes et rouges. Sur celui de droite, une série de dix-huit portraits dessinés rythme la façade (Les Amie.es). On pourrait croire qu’il s’agit de dessins d’enfants par la naïveté du trait et la vivacité des coloris. Mais il n’en est rien. L’artiste se rapproche davantage de l’art brut. « Aucune de mes formes n’est impulsive », explique-t-elle.
À l’étage, sur une mezzanine qui surplombe les lieux, est exposé un ensemble de poèmes dessinés (Life is a long journey) pour lesquels l’écriture des lettres a été inversée pour certaines. « Je rends visible la matérialité du langage incarné par des hésitations, reprises, insistances, répétitions, inversions, brouillage, erreurs qui ralentissent la lecture », précise la plasticienne. On y déchiffre, par instants, certaines phrases éloquentes telles que « Being a mum is not easy », les failles du monde adulte se nichant toujours dans les formes enveloppantes de l’enfance.
Diplômée des Beaux-Arts de Lyon, Sarah Tritz développe un travail sériel depuis 2018 composé d’horloges, de Theater Computer, de boîtes-secrets. Des réalisations qui mêlent le savoir-faire instinctif des mains, artisanal, que l’intelligence artificielle ne pourra jamais performer. Récemment, l’artiste confectionne des pulls pour prolonger les motifs de ses dessins. Elle en choisit l’alternance des bleus, des verts, des oranges, les contours des chevaux et des maisons, dessine le patron avant de confier le maillage à des couturières expérimentées. Le monde visuel de Sarah Tritz puise à tout à la fois dans les théories psychanalytiques (auxquelles elle emprunte le concept d’inconscient) et la pensée féministe (par une filiation revendiquée avec Monique Wittig et d’autres autrices) éclairant les failles et les paradoxes de notre société dont la violence menace la fragile existence du vivant et des hommes. •
Exposition « Sarah Tritz »
Jusqu’au 13 juin 2026 à la Chapelle Saint-Jacques
Avenue du maréchal Foch – 31800 Saint-Gaudens
lachapelle-saint-jacques.com

Vue de l’exposition de Sarah Tritz, Chapelle Saint-Jacques centre d’art contemporain, Saint-Gaudens, 2026. Photo : François Deladerrière. © Adagp, Paris.

Vue de l’exposition de Sarah Tritz, Chapelle Saint-Jacques centre d’art contemporain, Saint-Gaudens, 2026. Photo : François Deladerrière. © Adagp, Paris.

Vue de l’exposition de Sarah Tritz, Chapelle Saint-Jacques centre d’art contemporain, Saint-Gaudens, 2026. Photo : François Deladerrière. © Adagp, Paris.

Vue de l’exposition de Sarah Tritz, Chapelle Saint-Jacques centre d’art contemporain, Saint-Gaudens, 2026. Photo : François Deladerrière. © Adagp, Paris.

Vue de l’exposition de Sarah Tritz, Chapelle Saint-Jacques centre d’art contemporain, Saint-Gaudens, 2026. Photo : François Deladerrière. © Adagp, Paris.

Vue de l’exposition de Sarah Tritz, Chapelle Saint-Jacques centre d’art contemporain, Saint-Gaudens, 2026. Photo : François Deladerrière. © Adagp, Paris.


