Par Camille Tallent

DOSSIER // Des natures mortes flamandes du XVIIe siècle aux portraits fruités d’Arcimboldo en passant par les sérigraphies acidulées d’Andy Warhol, les références artistiques à la nourriture sont multiples. Artistes, designers et stylistes contemporains perpétuent et s’approprient cette tradition qui mêle art et alimentation.

La nature morte, genre pictural illustrant des objets inanimés, est aujourd’hui l’une des sources majeures des artistes qui s’intéressent à la représentation du comestible. Les mises en scène débridées de Lazy Mom en reprennent les codes de composition et d’assemblage, les viandes sanglantes d’Aranthell, l’hyperréalisme. Si les contemporains utilisent la représentation du comestible afin de créer des figures de style visuelles, c’est parce qu’elle est souvent subversive, empreinte d’un humour assumé. Aussi, beaucoup de ces artistes contemporains affichent une identité visuelle dont la paternité avec le Pop Art et la culture populaire est palpable. Ils exploitent les couleurs criardes de certains aliments (un fruit pour Enrico Becker et Matt Harris) jusqu’à leur paroxysme et renforcent la composition en les mettant sur des fonds toujours plus acidulés.

Pour certains, ce clin d’œil humoristique passe par le déplacement de l’usage du comestible, à savoir son rôle alimentaire. De manière détournée, ils lui confèrent un autre rôle. Aurel Schmidt matérialise ce que certains fruits et légumes peuvent nous évoquer en terme de corporalité humaine à travers une série de mots-valises cocasses : des racines de gingembre avec des orteils, une banane-pénis, etc. ; Matija Erceg questionne nos usages en incluant le comestible dans des objets de notre quotidien et en donnant aux aliments une fonction pratique.

Dans les compositions épurées et publicitaires des artistes-designers Lucas Zarebinski et Jessica Dance, le détournement d’objets alimentaires et de nourriture agit comme une mise en scène ludique. Cette façon de représenter nos aliments, dès lors esthétisés dans des compositions minimalistes et schématisées, a tendance à sacraliser l’objet et ainsi, à en ritualiser l’usage. Les travaux d’artistes comme Sophie Calle (Régime Chromatique, 1997) et Vanessa Mckeown en sont les témoins. De la citation au détournement, les artistes contemporains se sont emparés des traditions de représentation de la nourriture et délivrent un regard original, humoristique et chromatique sur notre rapport au comestible. //