Par  Pauline Lisowski

FOCUS // En résidence à la villa Belleville, Romain Vicari use de matériaux laissés à l’abandon pour façonner ses travaux. Une pratique proche du laboratoire d’expériences, déterminée par l’exploration du territoire et le bon vouloir de l’artiste qui n’hésite pas à maintenir un état de ruine.

De ses parcours, déambulations dans la ville, Romain Vicari découvre des friches, s’y installe pour tenter des expériences. Ses moments de découvertes et de créations, cachées, relèvent de l’aventure et de la performance. Suite à cette forme d’archéologie du territoire, des éléments abandonnés, rebuts de la rue deviennent ses matériaux. Continuant à travailler dans l’espace public ou celui de la galerie, ces nouveaux terrains sont ses laboratoires. Les temps d’exploration du territoire sont tout autant importants et nécessaires que le temps qu’il passe à son atelier ou dans les lieux qui l’accueillent pour recomposer un espace. D’un site de chantier ou de lieux parfois abandonnés, il opère ainsi des déplacements vers le lieu d’exposition.

Actuellement résident à la villa Belleville, l’artiste poursuit ses expérimentations sur des objets prélevés. Par des coulures de plâtre, de peintures, ceux-­ci sont requalifiés. Certains, par la couleur vive et le doré, acquièrent une certaines préciosité. Redéfinis, ils sont métamorphosés et obtiennent une seconde vie. Le plâtre et des conglomérats de matières les recouvrent et viennent comme les figer, les maintenir dans un état de ruine. Difficile de saisir parfois si la transformation résulte du temps ou de la main de l’artiste.

À partir de ces ready­-made transformés, Romain Vicari construit des installations qui s’appuient sur l’espace. Il installe ses œuvres tel un scénographe. Des grilles deviennent des parois sculptées, déstructurées, envahies par la matière, découpées ; elles offrent des points de vue et créent une circulation pour le spectateur. Dans son atelier à la villa Belleville, ce morceau d’architecture est transposé en un paravent, où sont disposés un système sonore et une lumière. L’artiste recrée l’ambiance qui règne dans les espaces urbains, en friche.

Ses interventions à même l’espace sont aussi parfois dissimulées. Des interventions plastiques sont greffées à l’architecture, d’autres viennent simplement la transformer, la marquer et la révéler de façon subtile. Elles semblent être nées d’un travail du temps. De fait, ce n’est qu’après plusieurs passages entre les œuvres que le visiteur peut découvrir l’ensemble du travail, voire manquer des petits éléments dissimulés dans les recoins. Si Romain Vicari va jusqu’à concevoir du mobilier pour des expositions, son travail in situ tend également à être un support pour d’autres projets d’accrochages. //


Romain Vicari // www.romainvicari.com