Par Laëtitia Toulout

EXPOSITION // Cet automne, l’IAC de Villeurbanne prête ses murs à Jason Dodge, pour la plus grande exposition personnelle qui lui a été, jusqu’à ce jour, consacrée en France. Avec Behind this machine everyone with a mind who cares can enter, l’artiste américain propose à tout un chacun de prendre part à l’essence même de l’œuvre, de se connecter à une expérience sensible et poétique.

Entrer dans une exposition de Jason Dodge c’est, dès les premiers pas, entrer dans l’œuvre même et devenir, si on le veut bien, acteur à part entière de cette œuvre. Fidèle à lui-même, Jason Dodge propose ici des éléments qui nous permettent d’inventer l’œuvre, dans sa lecture et ses narrations. Plus concrètement, il sème des objets du quotidien, laisse les traces d’une réalité qui vient d’ailleurs, qui ne s’ancre pas dans le moment présent. C’est à nous de faire advenir ces éléments dans le réel et dans notre propre temporalité de visiteur. Un visiteur que l’artiste souhaite explicitement rendre actif : il lui sème des charades, le questionne directement en usant du support du livret d’exposition, lui fait apprécier son reflet dans des miroirs disposés ici et là.

Hors des interprétations et narrations des publics, l’acte de l’artiste en lui-même est volontairement insaisissable, voire absurde, et devient par ailleurs passif, une fois que l’exposition ouvre ses portes. On ne peut voir la vocation des objets dispersés dans l’espace ou d’actes tels que changer continuellement les néons d’une pièce cubique pour mettre des roses à la place des blancs puis des blancs à la place des roses, indéfiniment. C’est ainsi que ces mystères créent un champ des possibles et font jouer nos propres capacités d’imagination. Des trous dans les murs deviennent une suite de fenêtres, de cadres ouverts les uns sur les autres tels un enchevêtrement, vers l’extérieur, de poupées russes.

Imaginer d’où viennent ces objets, quelle est l’histoire de leur disposition, et répondre aux questions proposées par l’artiste telles que « pour vous, qu’est-ce qu’une chose banale ? », « à quelle hauteur se situe votre regard ? », « si cette exposition est un œil, ou se trouve la pupille ? » «  ressentez-vous un léger courant d’air ? » (…) nous fait activement prendre part à l’exposition. Par-delà, nous nous connectons d’une manière ou d’une autre aux objets proposés par Jason Dodge. Nous avons tous des expériences avec les objets dans notre vie quotidienne ; pièces de monnaie, bouteilles d’eaux, litières pour chat, terre, paquets d’aliments divers… L’artiste adopte une posture presque sociologique en questionnant les rapports de l’Homme à l’environnement immédiat de l’espace de l’exposition artificiel, qu’il a construit. À la différence d’un chercheur, Jason Dodge ne récolte aucune réponse à son enquête, qui appartient à chacun. Le quotidien, à travers ses items, est décontextualisé, mis en abstraction et proposé au regard interrogatif et imaginatif des publics. L’œuvre apparaît au sein d’histoires et d’expériences sensibles de chacun. //


Exposition Behind this machine everyone with a mind who cares can enter de Jason Dodge
Jusqu’au 6 novembre 2016 at IAC-Villeurbanne
11 rue Docteur Dollard, 69100 Villeurbanne
www.i-ac.eu


Vue de l’exposition Jason Dodge, Behind this machine anyone with a mind who cares can enter. © Blaise Adilon
Vue de l’exposition Jason Dodge, Behind this machine anyone with a mind who cares can enter. © Blaise Adilon
Vue de l’exposition Jason Dodge, Behind this machine anyone with a mind who cares can enter. © Blaise Adilon
Vue de l’exposition Jason Dodge, Behind this machine anyone with a mind who cares can enter. © Blaise Adilon
Vue de l’exposition Jason Dodge, Behind this machine anyone with a mind who cares can enter. © Blaise Adilon