Par Camille Tallent

EXPOSITION // Not Afraid of Love, exposition de l’artiste-star Maurizio Cattelan, reprend là où il s’était arrêté lors de son retrait de la scène artistique en 2011. Une rétrospective aux œuvres fortement symboliques,  à découvrir à la Monnaie de Paris.

Maurizio Cattelan s’auto-exhume du monde de l’art qu’il avait annoncé quitter il y a cinq ans. En 2011, il sonne le glas de sa carrière avec All, une exposition retrospective au Guggenheim de New York qui faisait état de la totalité de sa production artistique. Mais Cattelan n’est jamais vraiment parti. Accompagné du photographe Pierpaolo Ferrari, il signe depuis 2010 le magazine Toilet Paper, revue à l’esthétique pop-surréaliste qui condense des images hybrides. Aussi, en mai dernier, il était déjà de retour au Guggenheim de New York pour y présenter l’installation America : des toilettes fonctionnelles réalisées en or massif. 

Dans une œuvre dont la cohérence est notamment établie par l’attitude l’artiste, rappelons que Maurizio Cattelan n’en est pas à son premier tour médiatique : il lui arrive d’envoyer son assistant répondre aux interviews, d’ouvrir une galerie où rien n’est à vendre, de persuader le galeriste Emmanuel Perrotin de passer un mois déguisé en pénis… Tant de provocations insidieuses qui laissaient présager un retour sur le devant de la scène.

Pour son exposition Not Afraid of Love à la Monnaie de Paris, il expose une sélection d’œuvres emblématiques, toujours à cheval entre humour, sarcasme, paradoxe et malaise. Au cœur de son travail, une dérision parfois macabre à laquelle peu de ses sculptures échappent. Avec l’installation All, l’artiste offre une vision glaciale et ordonnée de la mort dans tout ce qu’elle a de matériel. Cette œuvre présente un ensemble de — ce que l’on devine être — corps étendus au sol, recouverts de drapés blancs, ici, en marbre. Également dans l’exposition, l’installation Sans titre (2007) mime le saut absurde d’un cheval naturalisé, figé dans son élan par un mur dans lequel il se serait enfoncé la tête. Une mise en scène loufoque qui se joue de la convention du trophée de chasse.

Un retour qui, s’il ne surprend peut-être pas, fait parler de lui. Car Maurizio Cattelan a avant toute chose cette capacité inouïe à jouer avec nos émotions ; nous faisant ainsi traverser différents états de surprise à la gêne la plus étrange. //


Exposition Not Afraid of Love de Maurizio Cattelan
Jusqu’au 8 janvier 2017 at Monnaie de Paris
11 quai de Conti, 75006 Paris
www.monnaiedeparis.fr


Maurizio Cattelan, Sans titre, 2001, Résine polyester, cire, pigments, cheveux naturels. Photo : Zeno Zotti
Maurizio Cattelan, Novecento, 1997, Cheval naturalisé, sellerie en cuir, corde, poulie. Photo : Zeno Zotti
Maurizio Cattelan, La Nona Ora, 1999, Résine polyester, cire, pigment, cheveux naturels, tissu, vêtements, accessoires, pierre, moquette. Photo : Zeno Zotti
Maurizio Cattelan, Him, 2001, Résine polyester, cire, cheveux humains, vêtements, chaussures. Photo : Zeno Zotti
Maurizio Cattelan, Sans titre, 2007, Cheval naturalisé. Photo : Zeno Zotti