Par Pascal Bernard

EXPOSITION // La plasticienne allemande Ulla von Brandenburg (vit et travaille à Paris), connue pour ses « tableaux vivants », invite à redécouvrir le patio du musée des Beaux-Arts de Rennes à travers une installation monumentale.

Sous la verrière du patio — dévolu à la présentation d’expositions temporaires, Ulla von Brandenburg déploie un voile rouge monumental, impressionné d’un carroyage. Créée en 2013 pour le Pavillon de la Sécession à Vienne, l’œuvre semble avoir été spécialement conçue pour le bâtiment rennais : le tissu emplit l’espace dans toute sa largeur, occupe la moitié de la surface et en souligne les volumes. Plafond, corniche et escaliers compris. 

Au-delà de l’architecture invitée, se détache du fond rouge la silhouette de neuf sculptures, en marbre ou en plâtre, d’une blancheur immaculée, empruntées au musée et à l’école des Beaux-Arts de la ville. Certaines statues endommagées pendant la Seconde Guerre mondiale y sont montrées pour la première fois au public depuis soixante-dix ans ; restaurées à cette occasion, elles rejoindront le parcours permanent à l’issue de l’exposition. Ulla von Brandenburg restitue ainsi au patio sa vocation initiale : jusqu’au milieu des années 1940, cet espace servait à la présentation des sculptures. Le tissu rouge se substitue aux cimaises de couleur communément employées pour faire ressortir la blancheur du marbre et les dorures des cadres. Les salles de peintures du XIXe siècle du musée des beaux-arts de Rennes sont, à une nuance près, semblables à l’œuvre du patio. Si ce n’est la mise à distance, empêchant de s’en approcher et d’en faire le tour, la disposition des œuvres pourrait passer de loin pour un parti pris muséographique.

Ulla von Brandenburg les a en réalité disposées de telle manière que s’établissent entre elles des dialogues. Libérées de leurs socles et ainsi mises en scène, les sculptures semblent prendre vie. L’illusion de ce « tableau vivant » est renforcée d’une part par l’échelle humaine, de l’autre par leurs expressions. La Vierge folle (troisième sculpture en partant de la droite) semble s’amuser de voir Amour retirant une épine de son pied, de même que la petite Napoleone-Elisa Baciocchi paraît observer avec attention le discobole. Le rideau rouge, comme au théâtre, délimite un espace scénique. Selon où l’on se place, celui-ci peut servir de toile de fond ou d’écran — par renversement alors, le visiteur face aux sculptures occupe l’arrière de la scène. Dans les deux cas, l’action est suspendue, les personnages sont arrêtés dans leurs mouvements, comme pétrifiés, laissant aux visiteurs devenus spectateurs le temps d’imaginer les conversations possibles. Par les personnages qu’elle convoque, l’installation-spectacle d’Ulla von Brandenburg renvoie tout à la fois à l’histoire de la sculpture, de la mythologie (Anaxagore, Lesbie, Amour) ou de la religion (Madeleine repentante, vierge de la cathédrale de Strasbourg…) ; au service d’une lecture nouvelle de l’espace muséal. //


Exposition Ulla von Brandenburg
Jusqu’au 3 septembre 2017 at musée des Beaux-Arts de Rennes
20 quai Émile Zola 35000 Rennes
www.mba.rennes.fr


Vue de l’exposition Ulla von Brandenburg, 2017 © musée des Beaux-Arts de Rennes
Vue de l’exposition Ulla von Brandenburg, 2017 © musée des Beaux-Arts de Rennes
Vue de l’exposition Ulla von Brandenburg, 2017 © musée des Beaux-Arts de Rennes