Par Maxime Gasnier

EXPOSITION // À Paris, la galerie Almine Rech présente la première exposition personnelle en France dédiée à Chloe Wise. L’artiste canadienne offre une proposition hyperbolique, où les attributs féminins confirment une symbolique gravitant autour du lait, de la consommation et du comportement contemporain.

On ne décrit pas le travail de Chloe Wise en l’inscrivant dans un courant particulier. Certes, les marqueurs pop sont bien présents, soutenus par la symbolique abondante du consumérisme : produits industriels et alimentaires occupent le premier plan de Of false beaches and butter money, avec une place d’honneur attribuée au lait et ses dérivés — beurre, fromage et crème comestible —, s’affirmant comme liant principal de la monstration. Rejoint par un collège de fruits, dont la métaphore sexuelle est manifeste, ce tsunami de lactose coordonne le désir féministe qui anime l’artiste, jusqu’à envelopper ses modèles dans des vêtements au paraître onctueux et velouté. Chloe Wise, virtuose du détournement des symboles socio-culturels, complète ici sa représentation de la figure féminine en introduisant des peaux de vaches au sein de ses installations. Femme génitrice, femme nourricière ; l’artiste canadienne s’engage dans un schéma inattendu de la maternité, accentué par un caractère sensuel abondant, presque indigestible, où les fleurs aux courbes utérines et les poitrines généreuses divinisent ces Vénus contemporaines.

Au-delà de l’hyperbole, le réalisme autorisé par la figuration et le ready-made impose une succession d’interrogations, abrogeant ainsi l’idée d’une simple exhibition corporelle. En mouvement, fixé sur toile ou absent par l’abandon suggéré de repas orgiaques, le corps cristallise une vision critique du comportement humain. Confrontation directe avec le soi, le socle-miroir, podium glorificateur, joue un rôle déterminant dans l’exposition. À l’horizontal, il est support de banquets oubliés ; sur le plan vertical, celui du reflet de l’homme-consommateur — de nourriture, de biens culturels et de technologies. Internet et les nouveaux médias s’introduisent anecdotiquement dans la galerie, avec notamment la vidéo Make me a copy of the keys to your body (2017) singeant, au ridicule, une succession de poses de yoga inspirées des tutoriels online. Chloe Wise opère une remarquable interprétation de l’humain et de la féminité, où les images s’entrechoquent et accouchent d’associations admirablement dissonantes. //


Exposition Of false beaches and butter money by Chloe Wise
Jusqu’au 7 octobre 2017 at Almine Rech Gallery
64 rue de Turenne 75003 Paris
www.alminerech.com


Vue d’exposition, Chloe Wise, Of false beaches and butter money, 2017, courtesy of the artist and Almine Rech Gallery, Paris
Chloe Wise, Virgo Triennal, 2017, oil on canvas, 182.9 x 152.4 cm, courtesy of the artist & Almine Rech Gallery, Paris
Chloe Wise, Gluten Freedom, 2017, oil on canvas, 182.9 x 152.4 cm, courtesy of the artist & Almine Rech Gallery, Paris
Chloe Wise, Inceste de Citron, 2017, oil paint, urethane, antique silverware on cowhide, 109.5 x 30.5 x 30.5 cm, courtesy of the artist & Almine Rech Gallery, Paris
Chloe Wise, detail of Inceste de Citron, 2017, oil paint, urethane, antique silverware on cowhide, 109.5 x 30.5 x 30.5 cm, courtesy of the artist & Almine Rech Gallery, Paris
Chloe Wise, Void-of-course Probiotic Promise, 2017, oil paint, urethane, antique kettle, glass jar on mirror plinth, 88 x 40.5 x 40.5 cm, courtesy of the artist & Almine Rech Gallery, Paris
Vue d’exposition, Chloe Wise, Of false beaches and butter money, 2017, courtesy of the artist and Almine Rech Gallery, Paris
Vue d’exposition, Chloe Wise, Make me a copy of the keys to your body, 2017, courtesy of the artist and Almine Rech Gallery, Paris