Par Henri Guette

EXPOSITION // Après six mois de fermeture, l’Institut Suédois réouvre ses portes ce 21 octobre pour une saison de design, d’architecture et de mode. Dans les espaces réaménagés de l’hôtel de Marle, l’exposition Next Level Craft propose aux spectateur de vivre l’artisanat comme une expérience globale, à travers l’exposition d’une trentaine de talents nordiques.

Si, dans l’esprit collectif populaire, le design suédois se réfère à IKEA, ce n’est pas sans raison puisque l’entreprise se targue avec ses meubles d’exporter une “Suède-attitude” présente sur tous les continents. Pourtant, que disent les milliers de références en kit du pays ? Que traduit cette production en série mondialisée d’une culture spécifique ? Une nouvelle génération de créateurs entend aujourd’hui revendiquer un artisanat local, proposer des objets qui ont du sens et susciter de nouveaux modes de consommation qui soit à la fois durable et responsable. En célébrant la main et les techniques traditionnelles, la commissaire Aia Jüdes, créatrice elle-même, sacre l’artisanat en art de vivre. Une trentaine de talents, de différents horizons, présente ainsi pièces uniques et créations personnalisées pour un monde moins uniforme.

Reconnue pour son travail de sacs et de chaussures en écorces de bouleau, la commissaire d’exposition élève l’artisanat à un autre niveau. Il ne s’agit pas de mode ou de décoration, mais d’une façon d’habiter le monde. Ambassadrice du pays, elle aime à s’entourer au-delà de plasticiens ou d’artisans, de danseurs, de musiciens et même de tatoueurs. À Umeå, capitale européenne de la culture 2014, elle avait déjà proposé au visiteur une expérience pluridisciplinaire et sensorielle. Soucieuse de parité, queer, elle soutient les jeunes créatrices et privilégie les duos comme les méthodes collaboratives. En mêlant folklore mais aussi cultures urbaines et influences ethniques, elle brouille un peu plus les genres et milite pour une société plus inclusive et réenchantée. On la suivra donc dans ses tentatives pour se reconnecter aux puissance naturelles et renouer avec une forme de chamanisme.

Le visiteur entre dans un conte avec les costumes de Johanna Hofring et Tor Söderin. Les lumières mettent en valeur les divines silhouettes d’esprits venus en procession. La déesse de laine qui nous tend les bras reprend les codes du vêtement suédois dans une ode aux matières premières. Quelque chose de vivant et de poétique se dégage ainsi du travail de la maille et du tissage. L’exposition qui joue des lumières comme de la musique est une célébration magique où les animaux totémiques en bois et verre de Frida Fjellman veillent. Il ne s’agit pas de nier la réalité d’un monde industrialisé mais de souligner des possibles comme la musique électronique d’Elias Grind joue des bruits mécaniques ou de la même façon que Julia Gamborg Nielsen joue du recyclage pour ses propres pièces. Réflexion contemporaine sur l’âme des objets, Next Level Craft nous ouvre à la conscience de la main autant qu’à l’univers réinventé des créateurs suédois. //


Exposition Next Level Craft
Du 22 octobre 2017 au 7 janvier 2018 at Institut Suédois
11 rue Payenne 75003 Paris
www.paris.si.se


Frida Fjellman, Bäver [Castors], 2016, sculpture de verre avec des queues en bois de tilleul taillés à la main / Photo : Cathrine Edvall.
Wilhja, PRYDERI, masque, crochet, satin / Photo : Henrik Bengtsson
Fredrik Paulsen, Prism-occasional tables, 2017, contreplaqué en bouleau coloré, MDF et flocons de polyuréthane / Photo : Viktor Sjödin
Aia Jüdes, Christian, bottes en écorce de bouleau tressés à la main avec talons aiguille taillés à la main en bois de bouleau et semelle dorée à la feuille d’or de 23 carats, 2009-2013
Julia Gamborg Nielsen, Horn chair / Photo : Tony Beijer
Jonathan Josefsson, Matta (tapis) n° 81, 2011