Par Henri Guette

EXPOSITION // Avec STRETCH, Alexandra Bircken se livre à une véritable démonstration de force. Sa première exposition personnelle en France, présentée au Crédac, est pour l’artiste l’occasion de présenter des pièces ambiguës entre le trophée et l’écorché. Un travail qui saisit la chair à vif.

Par une journée de soleil, les carrosseries rutilantes alignés sous la baie vitré sont du plus bel effet. La vitesse et la puissance jaillissent en une seule image. Tout le propos de la plasticienne allemande est de démonter les joujous masculins, de la poupée gonflable à la moto en passant par les armes à feu. Soigneusement disséqués à la manière de la Ducatti Diana, les fétiches exposés renvoient à une mécanique du désir, des cheveux, du poil et du poli, des surfaces lisses et réfléchissantes. Par un jeu de matière, Alexandra Bircken joue du chaud et du froid, de l’humain et de la machine, pour insinuer un trouble dans nos mythologies. Eva, première femme selon la Bible, est ici le moulage en bronze d’une poupée gonflable et Janus, le dieu à deux têtes du commencement et de la fin, une moto trafiquée qui ne peut mener nulle part.

Il y a quelque chose de chirurgical dans la manière dont les pièces sont assemblées ou, au contraire, éclatées. Double mouvement d’incision et de suture, Stretch étire nos représentations, étend notre champ de vision. Jamais un sexe féminin n’aura été montré avec une telle majesté que dans Trophy, moulage et travail du creux qui traite à égalité avec les images du sexe masculin, ici ramené à ses avatars. Sans aller jusqu’à déclarer que tout est sexuel, on pourra retrouver dans l’exposition différents substituts phalliques qui déconstruisent l’idée même de virilité. Sans nier les caractéristiques anatomiques masculines ou féminines, il s’agit avant tout, dans les gestes très sensuels d’Alexandra Bircken, de prendre soin d’un corps humain ; à commencer par la peau.

Les modèles, visibles dans le creux d’une combinaison ou dans le plein d’un mannequin de plastique, sont peut-être eux-même androgynes. L’artiste, passée par le stylisme, garde un intérêt particulier pour le vêtement, seconde peau qu’elle traite par de délicats points de suture. Sa New Model Army a un look punk, affirme ses cicatrices comme des trophées. Il faut retourner l’injure et l’arborer comme une force. La peau est une intimité qui se frotte au monde, une extimité qui témoigne d’une blessure surmontée. La tranche de buste de Rosa Parks, semblable à une coupe anatomique, porte les marques d’un combat qu’il faut toujours garder en mémoire. Si le cadre de l’exposition est si tendu, c’est peut-être justement qu’il convient par tous les moyens, et à même le corps, de se souvenir pour ne pas renoncer à une égalité de chair et de sang. //


Exposition STRETCH by Alexandra Bircken
Jusqu’au 17 décembre 2017 at Le Crédac
25-39 rue Raspail 94200 Ivry-sur-Seine
www.credac.fr


Alexandra Bircken, vue de l’exposition STRETCH, Centre d’art contemporain d’Ivry – le Crédac, 2017. © André Morin / le Crédac. Courtesy galeries BQ Berlin et Herald St., Londres.
Alexandra Bircken, vue de l’exposition STRETCH, Centre d’art contemporain d’Ivry – le Crédac, 2017. © André Morin / le Crédac. Courtesy galeries BQ Berlin et Herald St., Londres.
Alexandra Bircken, vue de l’exposition STRETCH, Centre d’art contemporain d’Ivry – le Crédac, 2017. © André Morin / le Crédac. Courtesy galeries BQ Berlin et Herald St., Londres.
Alexandra Bircken, vue de l’exposition STRETCH, Centre d’art contemporain d’Ivry – le Crédac, 2017. © André Morin / le Crédac. Courtesy galeries BQ Berlin et Herald St., Londres.
Alexandra Bircken, vue de l’exposition STRETCH, Centre d’art contemporain d’Ivry – le Crédac, 2017. © André Morin / le Crédac. Courtesy galeries BQ Berlin et Herald St., Londres.
Alexandra Bircken, vue de l’exposition STRETCH, Centre d’art contemporain d’Ivry – le Crédac, 2017. © André Morin / le Crédac. Courtesy galeries BQ Berlin et Herald St., Londres.