Par Laëtitia Toulout

EXPOSITION // C’est un voyage esthétique à travers le temps, confiné dans l’espace de la galerie. Complètement immersive, l’exposition personnelle de Neil Raitt, artiste d’origine britannique installé à Los Angeles, est présentée chez Valentin jusqu’à fin mars et interpelle le visiteur en l’enveloppant dans un décor passéiste. Intitulée Imitation Sand, la proposition défie la teneur du motif au profit d’une expérience visuelle assumée.

Si aujourd’hui la mode décorative est plutôt à la sobriété, aux aplats de couleurs et à la suprématie du blanc, rappelons-nous un instant les variations esthétiques des temps passés : les housses de couettes aux motifs variés et variables des années 80-90, des scènes d’animaux fleuris en passant par des paysages tropicaux ou encore des monts enneigés, toujours dupliqués en leur ensemble sur des draps, housses de couettes, formant des ensembles entêtants  et colorés. Auparavant, le même système courait sur des tapisseries, qui sont encore monnaie courantes dans d’anciennes maisons ou dans de vieux bars restés inchangés depuis des années.

C’est en tout cas dans cette ambiance résolument kitsch et passéiste que nous plonge Neil Raitt, remettant ces goûts d’antan aux goûts du jour. Lorsque l’on visite son exposition personnelle, Imitation Sand à la Galerie Valentin, on se projette aussi bien dans une salle à manger de grands-parents, que dans un épisode de la série Twin Peaks.

Chez Neil Raitt, les motifs ne sont pas imprimés à la chaîne sur des parures de lits ou des tapisseries, mais peintes à la main sur des toiles, accrochées de part et d’autre dans un intérieur reconstruit, prenant des allures de vieux showroom. Pas de critique ni de réflexion sociétale ici, mais une expérience en tout cas immersive : dès l’entrée, un sol moutarde nous amène jusqu’à un fauteuil marron, déposé devant un mur recouvert d’une tapisserie à motifs et mis à côté d’une petite table de salon. Le tout invite à s’installer pour lire la feuille de salle de l’exposition.

De l’ambiance confinée et automnale de cette première pièce on bascule dans une version tropicale du même univers avec le second espace. Cette touche d’exotisme est notamment matérialisée par un paravent qui démultiplie dans toute sa forme une suite identique de palmiers. Au lieu d’être sculpté dans le vide et de cacher subtilement ce qui a lieu de son autre côté, le paravent se dote d’un miroir recto-verso qui se joue de nous et nous transporte dans une véritable spirale de la répétition : notre propre image prend part dans le motif répété, nous devenons partie intégrante de cette reproduction infinie. Un élément du décor.

Des tableaux, de tailles plus ou moins imposantes et représentant des montages juxtaposés, jonchent les murs ; dont celui du fond, peint d’un unique paysage, désertique, aux nuances roses et jaunes. Neil Raitt démultiplie, en même temps que ces paysages dignes des vieilles tapisseries d’antan, les jeux de l’image et de la représentation, jusqu’à formuler un univers immersif dont la nostalgie de l’esthétique, quelque peu passéiste, est entièrement assumée. //


Exposition Imitation Sand by Neil Raitt
Jusqu’au 24 mars 2018 at Galerie Valentin
9 rue Saint-Gilles 75003 Paris
www.galeriechezvalentin.com


Exhibition view, «Imitation Sand», solo show by Neil Raitt. Valentin, Paris, France. 2018 © Photo: Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Exhibition view, «Imitation Sand», solo show by Neil Raitt. Valentin, Paris, France. 2018 © Photo : Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Exhibition view, «Imitation Sand», solo show by Neil Raitt. Valentin, Paris, France. 2018 © Photo : Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Neil Raitt, Parallel Peaks (Tracey Island), 2017, oil on canvas, 132 x 88.7 cm © Photo : Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Neil Raitt, Yucca Valley (Harold), 2017, oil on canvas, 100 x 70 cm © Photo : Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Exhibition view, «Imitation Sand», solo show by Neil Raitt. Valentin, Paris, France. 2018 © Photo : Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.
Neil Raitt, Misty Mountain Glow (Indian Yellow), 2017, oil on canvas, 80 x 60 cm © Photo : Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.