Photos © Aurélien Mole
Texte : Lucie Sotty

Pour sa seconde exposition personnelle avec Sans titre (2016), Robert Brambora propose un projet entièrement consacré à la peinture et divisé en deux parties. Dans la première pièce, l’artiste a disposé quatre peintures toutes liées par le sujet du feu : une voiture en proie aux flammes, l’incendie de Notre-Dame de Paris, un mystérieux personnage nu au volant de son véhicule semblant s’échapper précipitamment d’un bâtiment qui brûle, enfin, un groupe de danseurs réunis autour d’un brasier. Brambora fait ainsi l’inventaire des différentes perspectives associées au feu et dont les images nous reviennent de manière systématique : l’émeute, le drame national, l’histoire personnelle, les rituels. Formellement, les scènes sont vues au travers d’écrans et la composition laisse parfois deviner les mains qui les tiennent. Cette mise en abyme est un moyen pour Brambora d’exacerber la distance entre le sujet et le spectateur. Ainsi, l’espace laissé par l’artiste entre l’action et le ressenti permet de prendre le recul nécessaire pour s’interroger sur le sens réel de ces images, le sens qu’elles créent, leurs causes, leurs conséquences.

Les œuvres de la seconde partie de l’exposition prennent la forme de la silhouette d’un baiser. Elles se juxtaposent aux peintures de la première pièce et semblent en apporter le contrepoint. Brambora représente ici l’intimité, la vie privée, le sanctuaire. Ce ne sont plus des scènes du monde extérieur mais des vues d’intérieur. L’artiste développe un nouveau corpus d’œuvres qui fait référence à la tradition de la nature morte, la replaçant dans le contexte d’un appartement contemporain. Les images évoquent les différents moments et sentiments liés aux relations, notamment amoureuses, entre les individus : parfois piquantes, sombres, lumineuses, outrancières… Ce groupe est complété par trois autres peintures. Sur la première on voit deux chiens, dans une posture à mi-chemin entre le jeu et le combat. Les deux suivantes donnent à voir l’intérieur d’une huître ouverte, créant un sentiment entre attirance et répulsion.

Les ambiguïtés soulevées dans ces allégories génèrent un malaise. L’artiste cherche à mettre en image le sentiment d’inconfort : ce ressenti sur lequel on arrive difficilement à mettre des mots. Ces nouvelles œuvres s’inscrivent dans la continuité des recherches de Brambora sur les conséquences de la société capitaliste sur l’individu dans ses relations à l’autre, à la ville, au travail, à soi-même. L’artiste dépeint des points de vue et perspectives distinctes, parfois partiellement contradictoires et invite ainsi le spectateur à se questionner sur son propre rapport aux évènements et à leurs effets sur sa vie privée. //


Exposition La Ballade des Sardines – Die Liebe der Sardinen by Robert Brambora
Jusqu’au 25 avril 2020 at Sans titre (2016)
33 rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris
www.sanstitre2016.com


Vue de l’exposition de Robert Brambora, La Ballade des Sardines – Die Liebe der Sardinen, 2020 at Sans titre (2016) © Aurélien Mole
Robert Brambora, Citroën, 2020 © Aurélien Mole
Vue de l’exposition de Robert Brambora, La Ballade des Sardines – Die Liebe der Sardinen, 2020 at Sans titre (2016) © Aurélien Mole
Robert Brambora, Untitled (Fl 1), 2020 © Aurélien Mole
Vue de l’exposition de Robert Brambora, La Ballade des Sardines – Die Liebe der Sardinen, 2020 at Sans titre (2016) © Aurélien Mole
Vue de l’exposition de Robert Brambora, La Ballade des Sardines – Die Liebe der Sardinen, 2020 at Sans titre (2016) © Aurélien Mole
Robert Brambora, Untitled (O, 2), 2020 © Aurélien Mole