Qui est Elizabeth Glaessner, peintre extra fluide exposée chez Perrotin ?

Introduite en 2021 à l’occasion du group show “Les Yeux Clos” chez Perrotin, Elizabeth Glaessner réinvestit le premier niveau de la galerie parisienne avec ses portraits à l’esthétique extra fluide. Au-delà d’une exploration picturale du corps, l’artiste américaine formule, sur toile comme sur papier, une mythologie personnelle aux références hybrides.  

Des vers des Métamorphoses d’Ovide pourraient nous venir à l’esprit devant les peintures d’Elizabeth Glaessner: les mythes de la nymphe Daphné se changeant en laurier pour échapper à Apollon, la transformation du dieu Jupiter en taureau pour enlever la princesse Europe, ou encore l’amour interdit de Pyrame et Thisbé… Mais contrairement aux récits du poète latin dont la finalité, souvent tragique, laisse peu de place au doute, les scènes dépeintes par la plasticienne brillent par l’incertitude liée à l’énigme de leurs origines: ses corps enlacés, voire imbriqués, sont-ils unis par la violence et l’adversité ou par la compassion et le désir? Ses personnages, la plupart du temps agenres, sont-ils soumis à des rapports de subordination ou existent-ils en tant qu’égaux ?

Depuis dix ans, l’Américaine figure à l’encre et l’aquarelle sur papier, puis à l’huile sur des toiles grand format, des êtres qu’elle qualifie d’« incarnations de sentiments ou d’expériences plutôt que des personnes spécifiques ». Sous son geste, leur chair devient une matière malléable dont les membres s’allongent et les têtes s’affaissent, tandis que les couleurs vives, acides et parfois repoussantes de leurs corps, s’étendant du pourpre au bleuté, les baignent d’une aura surnaturelle. « Les peintures parviennent à décrire ce que les mots ne peuvent pas », précise l’artiste, peu friande d’une lecture linéaire, narrative ou même engagée de son travail.

Née en Californie, Glaessner a grandi au Texas auprès d’une grand-mère passionnée d’art et d’une mère peintre qui lui a transmis son goût du pinceau, devenu l’exutoire d’un environnement chaotique. Avec un tel héritage, il n’est pas incongru d’identifier aujourd’hui chez la trentenaire des références à Edvard Munch et Léon Spilliaert, dans l’esquisse de formes sinueuses presque liquides, à Toyen et Leonora Carrington, dans la représentation de personnages hybrides, évanescents, nimbés de mystère, ou encore à Marlene Dumas, dont l’œuvre centré sur le corps fut une grande révélation pour l’artiste. Depuis quinze ans, Glaessner habite New York, qu’elle compense par des périodes de retrait hors de la ville ou du pays, propices à l’expérimentation et l’exploration de ses « paysages mentaux ». Lors d’une résidence à Leipzig en 2013, l’artiste commence à utiliser l’encre comme de l’aquarelle et en verse par mégarde sur le papier. Satisfaite du résultat, elle cherche dès lors à provoquer l’accident en y diluant huile et pigments, puis en suivant le mouvement de la matière pour composer ses formes. De là surgissent ses corps disproportionnés aux postures parfois bestiales et disloquées, ainsi que ses visages contenus entre des membres dont les propriétaires s’échappent du cadre.Prédominante dans ses toiles, la couleur verte peut autant paraître toxique que bienfaisante, indice d’une éventuelle fusion de l’humain et de la nature.

Dans Temptation Babies (2021), deux personnages émergent d’ailleurs d’une forêt en couvrant leurs parties intimes, interprétation évidente du récit d’Adam et Ève chassés de l’Eden et grand poncif de la peinture auquel l’artiste parvient à s’immiscer. Car c’est là que s’illustre le plus Elizabeth Glaessner : par sa capacité remarquable à puiser simultanément dans l’Histoire et sa propre psyché pour mettre en forme des mythologies nouvelles, fragments d’un monde ambigu régi par des tensions constantes où Éros et Thanatos finissent par cohabiter dans une étrange et séduisante harmonie 


Exposition “Dead Leg” by Elizabeth Glaessner
Jusqu’au 8 octobre 2022 at Galerie Perrotin
76, rue de Turenne 75003 Paris
perrotin.com


Vue de l’exposition d’Elizabeth Glaessner, “Dead Leg”, galerie Perrotin, Paris, courtesy de l’artiste / Photo © Claire Dorn

Elizabeth Glaessner, Ocean Halo, 2021, pigments dilués dans l’eau avec liants, huile sur toile, courtesy de l’artiste & Perrotin / Photo © Tanguy Beurdeley

Vue de l’exposition d’Elizabeth Glaessner, “Dead Leg”, galerie Perrotin, Paris, courtesy de l’artiste / Photo © Claire Dorn

Elizabeth Glaessner, War in the Middle Ages, 2022, huile sur toile, 190.5 x 228.6 cm, courtesy de l’artiste & Perrotin / Photo © Tanguy Beurdeley

Elizabeth Glaessner, Rabid Hole, 2022, huile sur toile, 127 x 223.5 cm, courtesy de l’artiste & Perrotin / Photo © Tanguy Beurdeley

Vue de l’exposition d’Elizabeth Glaessner, “Dead Leg”, galerie Perrotin, Paris, courtesy de l’artiste / Photo © Claire Dorn

Elizabeth Glaessner, Sphinx and Friends, 2022, 152.4 x 190.5 cm, courtesy de l’artiste & Perrotin / Photo © Tanguy Beurdeley

Elizabeth Glaessner, Earth Bound, 2022, huile sur toile, 177.8 x 241.3 cm, courtesy de l’artiste & Perrotin / Photo © Tanguy Beurdeley

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