Dimitris Gketsis : l’Antiquité est-elle moderne ?

Les sculptures en résine de Dimitris Gketsis représentent des scènes mythiques, rappelant les reliefs en marbre de la Grèce et de la Rome antiques. L’artiste grec fusionne le vocabulaire classique avec une sensibilité actuelle, sortant de la représentation canonique et genrée.

Dimitris Gketsis (né en 1993, Grèce) présente sa première exposition individuelle à la galerie athénienne The Breeder, avec une série de reliefs muraux peuplés de figures féminines, d’entités hybrides et d’animaux. Le jeune artiste conserve un esprit proche de celui des artistes de la Renaissance, qui se tournaient vers l’Antiquité classique pour représenter leur présent. Ce n’est donc pas par hasard si l’on retrouve quelque chose d’Albrecht Dürer dans son travail. L’un des exemples les plus évidents est son œuvre Sleeping Unicorn (2022), qui semble être directement tirée d’une gravure de l’artiste allemand, comme Melancholia ou Rhinocéros. Ses représentations, comme celles de Dürer, provoquent un certain sentiment de rêverie. Cependant, la matérialité de son travail n’a rien à voir avec celle de la Renaissance ou des Anciens, où on retrouvait des matériaux tels que le marbre ou le bronze. Gketsis utilise uniquement de la résine, ce qui caractérise son travail non seulement comme contemporain, mais aussi comme ironique, étant donné qu’il s’agit d’un matériau produit en série.

Le titre de l’exposition, « The Fault in Our Stars », provient d’une réplique de Jules César (1599) de Shakespeare, dans laquelle Cassius dit : « La faute, cher Brutus, n’est pas dans nos étoiles, / Mais en nous-mêmes. » Gketsis, de même que Cassius, semble dire que ce n’est pas le destin qui condamne les êtres, mais leurs propres décisions. Ses sculptures, inspirées de l’Antiquité, adoptent des références contemporaines issues de la culture pop grecque, de la mode et de la musique, ce qui lui permet de développer une critique des normes sociétales existantes avec satire et humour. Ainsi, les personnages représentés par l’artiste dans l’exposition semblent échapper aux contraintes d’une identité fixe. À travers une vision cyborgienne et androgyne du monde, l’artiste met en scène des entités hybrides, s’éloignant de tous les idéaux de beauté et des rôles de genre de notre société.

Dimitris Gketsis utilise les mythes comme un outil pour soulever des questions et des préoccupations qui sont encore très pertinentes aujourd’hui. Selon l’artiste, les mythes anciens ont résisté à l’épreuve du temps et nous les admirons tous, même aujourd’hui, car leurs significations sont intemporelles. Dans la mythologie, nous voyons une immédiateté que toute strate de la société peut très facilement comprendre. L’artiste reconstruit, redéfinit et adapte l’œuvre en fonction du contexte sociopolitique actuel, intégrant ainsi l’intemporalité des mythes et de la sculpture traditionnelle au monde contemporain. Dimitris Gketsis parvient ainsi à faire entrer en collision le nouveau et l’ancien, le proche et le lointain, le semblable et le différent, le même et l’autre, donnant naissance à un moi plus libre et plus diversifié, un moi difficilement classifiable.


Exposition “The Fault in Our Stars” by Dimitris Gketsis
Jusqu’au 23 décembre 2022 at galerie The Breeder
45 Lasonos st – 10436 Athènes
thebreedersystem.com


Dimitris Gketsis, vue de l’exposition “The Fault in our Stars”, 2022, courtesy of Galerie The Breeder

Dimitris Gketsis, vue de l’exposition “The Fault in our Stars”, 2022, courtesy of Galerie The Breeder

Dimitris Gketsis, vue de l’exposition “The Fault in our Stars”, 2022, courtesy of Galerie The Breeder

Dimitris Gketsis, Forget, 2022, courtesy of Galerie The Breeder

Dimitris Gketsis, Sans titre, 2022, courtesy of Galerie The Breeder

Dimitris Gketsis, Justice and revenge (Woman Huntress and Neptune Horse), 2022, courtesy of Galerie The Breeder

Dimitris Gketsis : l’Antiquité est-elle moderne ?
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