Iris van Herpen, la pionnière de la tech-couture au MAD

Le Musée des Arts Décoratifs, à Paris, rend hommage à la designer de mode Iris van Herpen, l’une des plus visionnaires de sa génération. Rassemblant plus d’une centaine de pièces iconiques, l’exposition « Sculpting the senses » donne à voir un œuvre protéiforme, entre défis technologiques et ode à la nature. 

Cela ressemble à un conte de fée. Iris van Herpen naît en 1984, dans le petit village de Wamel, aux Pays-Bas. Enfant, elle partage ses journées entre les paysages néerlandais et ses cours de danse, dont elle hérite de la passion par sa mère. Puis arrive la rencontre avec la mode, presque par hasard. La jeune fille fréquente encore le lycée quand on lui propose de participer à un cours de l’ArtEZ University of the Arts, à Arnhem. C’est un bouleversement, un monde qui s’ouvre.

En 2005, la voilà qui part travailler dans l’atelier londonien d’Alexander McQueen, dont l’approche radicale et architectonique du vêtement n’aura de cesse de l’inspirer par la suite. De retour dans son pays natal, elle rejoint Amsterdam et l’atelier de Claudy Jongstra, artiste et designer textile particulièrement sensible à l’écologie et aux impératifs de durabilité. Elle termine alors ses études et sort diplômée de l’ArtEZ en 2006, avant de fonder sa propre maison en 2007. Une première collaboration avec Lady Gaga la fait remarquer en 2009. Deux ans plus tard, en 2011, c’est la consécration : le TIME Magazine cite sa robe imprimée en 3D, conçue en collaboration avec l’architecte Daniel Widrig pour la collection “Crystallization”, comme l’une des cinquantes meilleures inventions de l’année ; une première exposition personnelle lui est dédiée au Musée central d’Utrecht ; c’est aussi l’année de sa première création pour Björk, spécialement conçue pour la couverture de l’album Biophilia ; enfin, quatre ans seulement après avoir lancé sa marque, elle se voit invitée par la prestigieuse Chambre Syndicale de la Haute Couture à Paris, dont elle est toujours membre.

Depuis, Iris van Herpen ne cesse de multiplier les collaborations et de se donner de nouveaux défis. Beyoncé, Rihanna, Katy Perry, Gigi Hadid ou encore Jennifer Lopez font appel à elle pour leurs clips et leurs tournées. Insatiable touche-à-tout, elle crée plusieurs costumes pour le chorégraphe Benjamin Millepied, collabore avec des artistes contemporains et des designers du Massachusetts Institute of Technology, invente des robes cinétiques animées de mouvements mécaniques. En 2015, pour sa collection “Quaquaversal”, elle invite l’actrice Gwendoline Christie à prendre place au centre du défilé, allongée sur un podium, tandis que trois robots impriment une robe en 3D autour d’elle en temps réel. Mais que l’on ne s’y trompe pas, Iris van Herpen n’est pas seulement un spectacle, loin de là. Particulièrement préoccupée par la crise environnementale, elle explore continuellement de nouvelles sources de matériaux, plus durables (en 2021, elle utilise par exemple du plastique upcyclé récolté dans les fonds marins pour ses collections “Earthrise” et “Roots of Rebirth”) et qu’elle n’hésite pas à employer suivant des techniques traditionnelles de tissage ou de pliage. C’est que l’étoile Van Herpen gravite autour de trois pôles : l’artisanat, l’innovation et la nature. Et que c’est au croisement de ces intérêts que son style devient iconique.

Empruntant à tous les domaines, de l’histoire de l’art aux sciences naturelles, de la physique à l’architecture, de l’optique à la danse, la créatrice envisage le vêtement comme un organisme dont le mouvement et l’ossature ne se contente pas d’orner le corps de celle qui le porte, mais le transforme, l’augmente. Femmes-guerrières caparaçonnées de soie et de cuir, femmes-sirènes habillées de flots irisés, femmes-fleurs aux corolles liquescentes : les propositions paraissent sans limites, hyperboliques, fruits d’une symbiose toujours parfaite entre les possibles qu’offre la technologie et les formes inépuisables du vivant. Disons-le très clairement, cette mode-là se soucie peu de suivre les tendances. La voie qu’elle trace est différente, exigeante, habitée. C’est une mode qui relève de la création pure, une mode responsable et sans concession qui sait puiser à des sources millénaires de quoi franchir les limites de l’imaginable. Reconnaissons que le futur est déjà là, sous nos yeux, et qu’il s’habille en Iris Van Herpen.

Depuis les mannequins jusqu’à la scénographie conçue par le Studio Nathalie Crinière, en passant par l’ambiance sonore pensée par Salvador Breed, tout concourt au MAD à la mise en valeur des créations de la Néerlandaise. Quant aux dialogues qui ponctuent le parcours avec des objets de sciences naturelles, des pièces de design (signées Neri Oxman, Ren Ri, Ferruccio Laviani et Thomas Libertiny) et des œuvres d’artistes contemporain (Philip Beesley, Wim Delvoye, Kate McGwire, Damien Jolet, Kohei Nawa, Casey Curran, Rogan Borwn, Jacques Rougerie), ils ne manquent pas d’offrir au visiteur de belles, et parfois surprenantes, ouvertures. 


Exposition “Sculpting the Senses” by Iris van Herpen
Jusqu’au 28 avril 2024 at MAD Paris
107, rue de Rivoli – 75001 Paris
madparis.fr


Iris van Herpen en collaboration avec Kim Keever, minirobe Cosmica, collection « Shift Souls », 2019, organza de soie, coton. Collection Iris van Herpen © Dominique Maitre.

Vue de l’exposition d’Iris van Herpen, “Sculpting the Senses”, Musée des Arts Décoratifs, Paris, 2023-2024 © MAD Paris.

Iris van Herpen en collaboration avec Kim Keever, minirobe Cosmica, collection « Shift Souls », 2019, organza de soie, coton. Collection Iris van Herpen © Dominique Maitre.

Iris van Herpen, robe Symbiotic, collection « Shift Souls », 2019, organza de soie, crêpe, PetG. Collection Iris van Herpen © Dominique Maitre.

Iris van Herpen, bustier Arachne, collection « Meta Morphism », 2022, soie de polyester, mylar, tulle, cristaux Swarovski, fil à broder, acier inoxydable. Collection Iris van Herpen © Dominique Maitre.

Iris van Herpen, robe Hydromedusa, collection « Sensory Seas », 2020, organza, Komon Kobo, mylar, tulle. Collection Iris van Herpen © Dominique Maitre.

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