On a aimé : Urs Fischer chez Gagosian

Ces derniers mois, la galerie Gagosian présentait, dans son espace rue Castiglione, à Paris, les nouvelles œuvres du Suisse Urs Fischer rassemblées dans l’exposition « Beauty ». Un alliage de femmes et de fleurs, aux accents collagistes.

Ces images d’Urs Fischer rejoignent celles réalisées pour la série « Problem Paintings » initiée en 2010. De grands formats suscitant la curiosité, à la manière de Candyfloss (2023), présentée par la galerie l’automne dernier, rue de Ponthieu, en écho à la sculpture Wave (2018) installée place Vendôme pendant Paris+ par Art Basel. Des visages familiers, pour être ceux d’icônes du cinéma des années soixante, composent avec des espèces florales. Dans White Tulip (2024), une tulipe sérigraphiée scinde le portrait en deux en une puissante verticalité. La fleur dénature le visage jusqu’à lui ôter le regard. Mais la démarche est en apparence sans violence.

Dans Blue Poppy (2024), le pouvoir séducteur de l’actrice américaine Gene Tierney, qui se sait regardée, est frontal. Les pétales du coquelicot bleu, symbole du désir, sont d’ailleurs ouverts sur le regardeur comme une invitation audacieuse. À l’inverse, le visage de Romy Schneider, dans Camelia (2024), est plus doux et romantique, malicieux et songeur dans Nose-Tweaker (2024). Se rapprochant des natures mortes flamandes du 17e siècle, Urs Fischer place la matière organique au centre de la composition.  Elle est apposée en surimpression sur le visage du modèle féminin, légèrement pixellisé, présenté comme une image tirée de publicités vintage, et laissé volontairement en arrière-plan. Les fleurs constituent, sans nul doute, le sujet véritable de l’œuvre. Elles se révèlent avec une acuité surprenante. Les détails apparaissent tout à la fois réalistes et artificiels ; artificiels en ce sens que quelque chose dénote du réel : la vivacité du rose des pétales et du vert presque fluorescent de la tige, travaillés numériquement. Sans parler du feuillage dont on peut apercevoir jusqu’aux nervures, lignes qui s’entrecroisent en des formes parfaitement délimitées. Le visage du modèle, lui, est lissé, le teint réhaussé de couleur. On pense aux recherches plastiques de la photographe Valérie Belin dont la production est actuellement présentée au musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

Dans une exposition qui lui fut dédiée par la galerie Gagosian en 2012 à Beverly Hills, intitulée « Beds & Problem Paintings », Urs Fischer employait déjà cette confrontation étonnante entre un portrait et le surgissement d’un élément issu de la vie quotidienne (en l’occurrence, des aliments). Le plasticien se jouait du regard du public et lui imposait comme objet digne d’intérêt, pour sa valeur esthétique, un zeste de citron ou la courbe d’un poivron. Avec « Beauty », Urs Fischer questionne une nouvelle fois l’impermanence des choses en offrant une réflexion sur la vanité, l’altération inévitable de la beauté idéale et sa quête tout aussi vaine. 


Exposition “Beauty” by Urs Fischer
at Gagosian Gallery
9, rue de Castiglione – 75001 Paris
gagosian.com


Urs Fischer, Camelia, 2024, panneau d’aluminium, nid d’abeille en aluminium, adhésif polyuréthane, apprêt époxy, gesso, peinture sérigraphique à base de solvant et peinture sérigraphique à base d’eau, 193 x 154.9 cm. © Urs Fischer. Photo : Stefan Altenburger. Courtesy de l’artiste et de Gagosian.

Urs Fischer, Blue Poppy, 2024, panneau d’aluminium, nid d’abeille en aluminium, adhésif polyuréthane, apprêt époxy, gesso, peinture sérigraphique à base de solvant et peinture sérigraphique à base d’eau, 190.5 x 152.4 cm. © Urs Fischer. Photo : Stefan Altenburger. Courtesy de l’artiste et de Gagosian.

Urs Fischer, White Tulip, 2024, panneau d’aluminium, nid d’abeille en aluminium, adhésif polyuréthane, apprêt époxy, gesso, peinture sérigraphique à base de solvant et peinture sérigraphique à base d’eau, 139.7 x 111.8 cm. © Urs Fischer. Photo : Stefan Altenburger. Courtesy de l’artiste et de Gagosian.

Urs Fischer, Nose-Tweaker, 2024, panneau d’aluminium, nid d’abeille en aluminium, adhésif polyuréthane, apprêt époxy, gesso, peinture sérigraphique à base de solvant et peinture sérigraphique à base d’eau, 190.5 x 152.4 cm. © Urs Fischer. Photo : Stefan Altenburger. Courtesy de l’artiste et de Gagosian.

Vue de l’exposition “Beauty” d’Urs Fischer, Gagosian, Paris, 2024. © Urs Fischer. Photo : Stefan Altenburger. Courtesy de l’artiste et de Gagosian.

On a aimé : Urs Fischer chez Gagosian