Chez Pact, la peinture éro-kitsch de Margaux Valengin

Dans un style hyperréaliste mêlant collages d’images et montages kitsch, Margaux Valengin s’amuse à déplacer les curseurs du bon et du mauvais goût. Symptomatique de notre époque, son œuvre aborde surtout la question du fétichisme et des pulsions scopiques.

Des chiens et des bottes sur fond de coursier racé, des femmes sans tête, silhouettes gainées, voici l’étrange peinture de Margaux Valengin  (née en 1992). Une peinture érotique mais sans nudité. Fétichiste plutôt, un peu kitsch souvent. Pour sa nouvelle exposition à la galerie Pact, la jeune artiste assume en tout cas de jouer à fond la carte du pastiche, du factice et du télescopage, allant jusqu’à flirter avec le mauvais goût – celui qui, non sans gêne, nous met l’eau à la bouche. À y regarder de près, il semble que tout cela ait quelque chose à voir avec une certaine esthétique de l’idolâtrie, voire de la carrosserie. « Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace », écrivait Filippo Tommaso Marinetti dans son manifeste du futurisme (1909). Non seulement Valengin souscrit à cette beauté du monde moderne, mais elle y ajoute les yeux dans le vague, les coutures ajustées et les peaux de reptiles, tous unis étrangement dans le même fantasme de réification. 

Au mélange des genres, qui caractérisait certaines de ses séries précédentes, pour lesquelles elle faisait par exemple cohabiter sur la même toile des formes libres et abstraites avec des détails réalistes, Margaux Valengin substitue ici le pur collage d’images. Plus synthétique qu’analytique, ce volet de son travail tend aussi à satisfaire l’œil plus immédiatement. Il le flatte, le rassure, sur un registre haptique et familier – qui ne s’est jamais amusé à faire de tels collages à partir de coupures de magazines ? C’est en cela qu’il est aussi plus kitsch, pour ce confort qu’il procure au premier regard. Car si le kitsch est bien le domaine du motif sans défaut, du bibelot et des stéréotypes, il ne saurait se réduire à une esthétique, ni au seul modèle fétichisant de la « joliesse » : il est avant tout une éthique du sentiment, une promesse de joie simple, évidente et constante. C’est d’ailleurs à cet endroit, très précisément, que Valengin fait grincer ses images, en y injectant du malaise, une dissonance, une nuance sombre inhabituelle. Son kitsch à elle verse dans la réflexivité. Il use ses propres formes et se commente lui-même. Il s’épure et devient sensation, entre pulsion scopique et plaisir coupable. D’autres avant elles ont pu avoir l’intuition de ce décalage, peu sont parvenus à lui donner forme fixe. Il fallait pour cela oser le chat sans poil et la combi en cuir. 


Exposition « Margaux Valengin. A World of Part-Object Phantasies »
Jusqu’au 4 avril 2026 à la galerie Pact
70, rue des Gravilliers – 75003 Paris
galeriepact.com


Vue de l’exposition « A World of Part-Object Phantasies » de Margaux Valengin, Pact, Paris, 2026. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Margaux Valengin, Nuit bleu, 2025, huile sur lin, 51 × 61 cm. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Margaux Valengin, Un, deux, trois, quatre, l’orgueil, l’audace, l’usure, 2025, huile sur lin, 91 × 91 cm. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Vue de l’exposition « A World of Part-Object Phantasies » de Margaux Valengin, Pact, Paris, 2026. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Margaux Valengin, Objet objet long, 2025, huile sur lin, 51 × 89 cm. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Margaux Valengin, Wet Gold Passion, 2025, huile sur lin, 51 × 41 cm. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Margaux Valengin, Optimal velu poilu, 2025, huile sur lin, 66 × 51 cm. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Vue de l’exposition « A World of Part-Object Phantasies » de Margaux Valengin, Pact, Paris, 2026. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Margaux Valengin, Horse, 2025, huile sur lin, 51 × 41 cm. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Margaux Valengin, Croix, 2025, huile sur lin, 51 × 35 cm. Courtesy de l’artiste et Pact. Photo : Nicolas Brasseur.

Chez Pact, la peinture éro-kitsch de Margaux Valengin