En marge de la Frieze London et d’Art Basel Paris, gravitent des expositions qui révèlent la création sous des formes expérientielles et émotionnelles. Flirtant avec la nostalgie, résonnant avec les paradigmes du monde contemporain ou éclairant des récits en devenir, ces dix propositions s’attachent à traduire des regards sensibles.
Iván Argote chez Perrotin (Londres)
« Mamarrachos : Quinceañera », premier solo show de l’artiste colombien dans l’espace de la galerie à Londres, célèbre les quinze ans de sa série éponyme constituée de peintures et de sculptures issues de marques et de lignes griffonnées numériquement en quelques secondes. Curatée par Ben Broome, l’exposition sonde les notions de contrainte et de liberté tout en invitant activement le visiteur à participer au projet. Les « Mamarrachos » d’Argote débordent ainsi du rectangle de la toile, se dotent ici et là d’extensions en MDF, rappelant inévitablement que l’abstraction est une pensée fondamentalement anticonventionnelle ; mais ce prolongement hors cadre se retrouve jusqu’au sol de la galerie. Un vaste tapis imprimé fait le lien entre la logique de l’installation extérieure de l’artiste et la dynamique du regard à l’intérieur. Invitée à être naturellement piétinée, la surface semble refléter l’exposition en proposant des limites brouillées, un espace renversé. Jusqu’au 19 décembre 2026 — Perrotin, Claridge’s Brook’s Mews – Londres — perrotin.com

Vue de l’exposition « Mamarrachos : Quinceañera » d’Iván Argote, Perrotin, Londres, 2026. Courtesy de l’artiste et de Perrotin. Photo : Eva Herzog. © Adagp, Paris, 2026.

Vue de l’exposition « Mamarrachos : Quinceañera » d’Iván Argote, Perrotin, Londres, 2026. Courtesy de l’artiste et de Perrotin. Photo : Eva Herzog. © Adagp, Paris, 2026.

Vue de l’exposition « Mamarrachos : Quinceañera » d’Iván Argote, Perrotin, Londres, 2026. Courtesy de l’artiste et de Perrotin. Photo : Eva Herzog. © Adagp, Paris, 2026.
« Geste de Consolation » au Palais d’Iéna (Paris)
Miu Miu, partenaire du programme public d’Art Basel Paris, invite Alice Diop à présenter un projet inédit qui prolonge le dialogue entre Miuccia Prada et la réalisatrice française, initié en 2025 avec le film Fragments for Venus, réalisé pour les Miu Miu Women’s Tales. Avec « Geste de Consolation », Alice Diop interroge cette fois la manière dont les femmes noires ont été représentées et comment ces représentations restent d’actualité. Au Palais d’Iéna, elle transpose sa vision cinématographique au-delà de l’écran, dans un espace narratif entrecroisant les médiums — film, photographie, sculpture, poésie, danse, musique et performance — qui rappelle l’engagement de Miuccia Prada en faveur du dialogue entre cinéma, art et mode. Du 21 au 25 octobre 2026 — Palais d’Iéna – Paris — artbasel.com

Alice Diop. Photo : Brigitte Lacombe.
Salman Toor à la Courtauld Gallery (Londres)
Révélé en 2024 dans l’exposition internationale de la Biennale de Venise, Salman Toor (né en 1983) signe son premier solo show en Europe avec « Someone Like You », à la Courtauld Gallery. L’artiste pakistanais basé à New York poursuit ici son exploration picturale des interactions humaines, du désir et de l’appartenance, tant sur le plan culturel qu’émotionnel. Réunissant une vingtaine de toiles emblématiques, dont Ghost Ball déjà aperçue à la Bourse de Commerce – Pinault Collection, à Paris, dans « Le monde comme il va » (2024), l’exposition londonienne se concentre autant sur ses portraits solitaires et communautaires que ses scènes d’amour et d’amitié. On en retient un regard puissant et mélancolique, soutenu par une dominante de verts balayant ses toiles, où les personnages — souvent queer et immigrés — réinterprètent des œuvres de maîtres anciens, puisées dans la peinture baroque et celle du 18e siècle. Jusqu’au 10 janvier 2027 — Courtauld, Somerset House – Londres — courtauld.ac.uk

Salman Toor, Ghost Ball, 2023, huile sur lin, 190,8 × 323,2cm, Pinault Collection. © Salman Toor. Courtesy de l’artiste, Luhring Augustine, New York et Thomas Dane Gallery. Photo: Farzad Owrang.
Katinka Bock à la Fondation Le Corbusier (Paris)
Après avoir investi le Copan d’Oscar Niemeyer (São Paulo, Brésil) et l’Anzeiger-Hochhaus de Fritz Höger (Hanovre, Allemagne), l’artiste franco-allemande Katinka Bock (née en 1976) s’empare de l’emblématique Maison La Roche – Fondation Le Corbusier pour y présenter un ensemble de sculptures et de photographies. Pensées en lien étroit avec l’œuvre de l’architecte moderniste, ses œuvres, faites de bronze, verre, bois, cuivre et céramique s’inscrivent dans les volumes géométriques du lieu. « High and Dry » prolonge ainsi la réflexion entamée par la plasticienne autour des traces de la modernité depuis plusieurs années et tisse un nouveau dialogue sensible avec les notions de matière, de temps et de mémoire, autour de la pensée architecturale. Du 13 au 31 octobre 2026 — Maison La Roche – Paris — fondationlecorbusier.fr

Katinka Bock. © FLC / Adagp. Photo : Laurent Giannesini.

Photo : Fabrice Gousset.
« The 90s: Art and Fashion » à la Tate Britain (Londres)
À la Tate Britain, l’exposition « The 90s: Art and Fashion » traverse une décennie marquée par un profond renouvellement culturel au Royaume-Uni, lorsque l’art et la mode deviennent les vecteurs d’une génération nouvelle, libre, provocatrice et affranchie des hiérarchies traditionnelles. Peintures, photographies, installations et créations de mode s’agglomèrent ici pour mettre en regard les pratiques de figures majeures telles qu’Alexander McQueen, Vivienne Westwood, Damien Hirst, Tracey Emin, Juergen Teller, Sarah Lucas, Corinne Day ou encore Wolfgang Tillmans. Face à ces correspondances entre les disciplines, se raconte avec nostalgie l’émergence d’une nouvelle culture britannique portée par l’expérimentation, la diversité, l’irrévérence et une énergie créative devenue emblématique. Jusqu’au 14 février 2027 — Tate Britain, Millbank – Londres — tate.org

Juergen Teller, Young Pink Kate, London, 1998. © Juergen Teller. Tous droits réservés.
Helena Minginowicz à la Galerie Prima (Paris)
Avec « Out of Order », Helena Minginowicz (née en 1984) poursuit sa traversée des zones discrètes de l’expérience humaine, caressant les thèmes de l’intimité, de la fragilité des corps et des gestes ordinaires. L’artiste polonaise dévoile chez Prima un ensemble inédit de peintures présentés pour la première fois en France, accompagné de ses feuilles d’essuie-tout. Reprenant certains motifs emblématiques de l’histoire de l’art pour mieux en déplacer les codes, sa pratique laisse échapper des compositions inspirées de Titien ou du Caravage qui se trouvent ainsi transposées sur des sacs plastiques, matériaux modestes voués à être jetés. Ce jeu de correspondances met en tension la noblesse traditionnellement associée aux chefs-d’œuvre et la trivialité des objets du quotidien. En brouillant les frontières entre précieux et banal, durable et éphémère, Minginowicz interroge les mécanismes culturels qui façonnent notre regard et déterminent ce qui mérite d’être conservé, célébré ou oublié. Jusqu’au 14 novembre 2026 — Galerie Prima – Paris — galerieprima.com

Helena Minginowicz, The Kiss, 2026, acrylique sur papier essuie-tout, sous bloc acrylique, 30 × 33 × 12 cm. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Prima.

Vue de l’exposition « Out of Order » d’Helena Minginowicz, Galerie Prima, Paris, 2026. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Prima.
Martine Syms chez Sadie Coles HQ (Londres)
Deux ans après avoir été exposée à Lafayette Anticipations à Paris, l’Américaine Martine Syms (née en 1988) investit la galerie Sadie Coles HQ avec de nouvelles installations qui engagent le visiteur à se perdre entre réalité et fiction. Dans « Knot Eye », Syms oscille entre les genres, les modes de représentation et les fils narratifs, à travers deux nouveaux films (RW-LO et Ex Voto, 2026) et un concept store — médium que l’artiste aime à répliquer avec son projet Dominica Publishing. À la fois œuvre d’art et boutique, ce concept phare de Syms consiste à rendre les idées publiques et à fédérer des publics autour de ces idées ; une façon de manifester désir, mystère, pop culture et consumérisme. Jusqu’au 7 novembre 2026 — Sadie Coles HQ, 62 Kingly Street – Londres — sadiecoles.com

Vue de l’exposition « Knot Eye » de Martine Syms, Sadie Coles HQ, Londres, 2026. Courtesy de l’artiste et de Sadie Coles HQ. Photo: Katie Morrison.

Vue de l’exposition « Knot Eye » de Martine Syms, Sadie Coles HQ, Londres, 2026. Courtesy de l’artiste et de Sadie Coles HQ. Photo: Katie Morrison.

Vue de l’exposition « Knot Eye » de Martine Syms, Sadie Coles HQ, Londres, 2026. Courtesy de l’artiste et de Sadie Coles HQ. Photo: Katie Morrison.
« L’Heure des Possibles » chez Guerlain (Paris)
À l’adresse iconique de la Maison au 68 Champs-Élysées, Guerlain orchestre une nouvelle exposition thématique faisant écho à l’heure bleue, cet entre-deux qui correspond à un moment suspendu où s’ouvre le champ des possibles. Des variations scintillantes d’Ann Veronica Janssens à la peinture solaire d’Ugo Rondinone en passant par le regard thermique de SMITH — dont l’exposition est présentée au MAC VAL simultanément —, la trentaine d’artistes ici réunis incarnent cette liminalité où fusionnent ombre et lumière, visible et invisible, réalité et fiction. Une exposition qui rappelle, par l’interrogation de la perception, l’engagement de la marque en faveur de l’art depuis sa création en 1828. Du 21 octobre au 15 novembre 2026 — Maison Guerlain, avenue des Champs-Élysées – Paris — guerlain.com

Ugo Rondinone, siebterjanuarzweitausendundvierundzwanzig, 2024, acrylique sur toile, ø 90 cm. Courtesy de l’artiste et d’Esther Schipper (Berlin/Paris/Séoul). © Studio Ugo Rondinone.

Adeline Care, L’Attente, Jetée des Catalans, 2023, tirage jet d’encre pigmentaire, 25 × 38 cm. Courtesy de l’artiste. © Adeline Care.

Valentin Fougeray, DLAALM_42, 2026, impression jet d’encre sur papier Hahnemühle Photo Rag 308 gsm, 33 × 19 cm. Courtesy de l’artiste. © Valentin Fougeray.
Issy Wood à la National Portrait Gallery (Londres)
À la National Portrait Gallery, l’artiste américaine Issy Wood (née en 1993) inaugure le programme Artist Focus de l’institution avec une présentation inédite de douze autoportraits réalisés depuis 2020. À travers des peintures troublantes, marquées par des cadrages serrés, des effets de dissimulation et une pointe d’humour, Issy Wood interroge les notions d’identité, d’intimité et de représentation de soi. Visages partiellement masqués, expressions ambiguës et fragments de corps composent une galerie d’images où l’autoportrait ne relève pas tant de la quête d’une ressemblance que d’une réflexion sur la construction iconographique. Jusqu’au 28 février 2027 — National Portrait Gallery – Londres — npg.org.uk

Issy Wood, Self portrait 63, 2024, huile sur lin, 40 × 30 cm. Courtesy de l’artiste.
« Saison canadienne » à la Galerie Poggi (Paris)
Trois expositions monographiques s’ouvrent à la Galerie Poggi, toutes consacrées à des artistes d’origine canadienne. Kapwani Kiwanga (née en 1978) présente une série de nouvelles œuvres, dans le prolongement de sa récente rétrospective à la Fundació Joan Miró ; Manuel Mathieu (né en 1986) réunit avec « Ayizan » de nouvelles peintures qui résonnent avec celles réalisées pour la 61e Biennale de Venise ; Larissa Fassler (née en 1975) fait, quant à elle, l’objet d’une rétrospective. Une saison canadienne qui éclaire les relations entre la galerie et la scène artistique locale entamée depuis une quinzaine d’années. Du 21 octobre au 28 novembre 2026 — Galerie Poggi – Paris — galeriepoggi.com

Kapwani Kiwanga, Carry Capacity: powder blue loden wool, 2026, textile, 150 × 125 cm. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Poggi.


