À Londres, le Barbican expose le post-anatomique de Julia Phillips

Alors que le Barbican célèbre les vingt ans de The Curve, son espace d’exposition dédié à des cartes blanches inédites menées par des artistes internationaux, il invite Julia Phillips à présenter ses sculptures qui entrecroisent biotechnologie, anatomie factice et armatures équilibristes.

Damien Ortega, Thomas Saraceno, Yto Barrada, Pamela Phatsimo Sunstrum ou encore Soufiane Ababri : à Londres, la liste d’artistes internationaux exposés dans l’espace circulaire brutaliste si singulier du Barbican Centre, The Curve, n’a cessé de s’étoffer ces deux dernières décennies. En 2026, elle se prolonge encore avec une invitation formulée à Julia Phillips (née en 1985 à Hambourg), jeune artiste germano-américaine qui investit le lieu jusqu’en avril. « Inside, Before They Speak », sa première exposition institutionnelle, concentre ainsi différents pans de sa pratique multidisciplinaire, qui matérialise des concepts intangibles traversant états psychologiques et processus biologiques.

Par l’alliage de la céramique et du métal, deux matériaux qui évoquent à eux seuls des ressources organiques et artificielles, Julia Phillips explore les qualités surréalistes du corps humain, à travers le prisme de la biotechnologie. Elle propose des appareils hypothétiques qui fusionnent l’industriel et l’anatomique : par divers procédés de moulage d’argile, de modelage contre son propre corps et d’assemblage, l’artiste donne forme à des éléments faussement anatomiques — un cerveau, une langue, un demi-visage — qui intègrent des objets industriels tels que des fermoirs ou des ressorts. Ces associations, souvent mises en équilibre au moyen de barres métalliques, suggèrent la possibilité d’un mouvement, d’un déplacement, d’une reconfiguration. Elles manifestent également une fonction métaphorique, celle d’une tension entre force et fragilité, traduisant les liens et les attachements humains ; et l’acte de suspension, définissant plusieurs de ses œuvres, met en balance ces symboles chers à l’artiste.

À la fois machines et corps, les sculptures de Julia Phillips déclenchent progressivement une réaction viscérale. Les formes charnues présentées dans The Curve défient l’échelle humaine, amplifiant ce qui semble être des organes ou des excroissances à des dimensions démesurées. Une démarche clairement énoncée dans deux sculptures sphériques créées spécifiquement pour l’exposition : Suspended Interior I et Suspended Interior II (2026), moulages des mains de l’artiste sur une surface argileuse ondulée, qui suggèrent autant l’intérieur d’un corps qu’un mécanisme médical, artificiel, troublant. À l’image de ce que d’autres artistes de la même génération font, comme le duo lituanien Pakui Hardware avec le silicone et le plastique, Julia Phillips, transcende et constitue un répertoire biomorphique qui écrit une nouvelle ère post-humaine. 


Exposition « Julia Phillips. Inside, Before They Speak »
Jusqu’au 19 avril 2026 à The Curve
Silk St, Barbican Centre – London EC2Y 8DS
barbican.org.uk


Julia Phillips, Suspended Interior II, 2026, & Mediator III, 2025-2026. Photo : Thomas Adank. © Barbican Art Gallery.

Julia Phillips, Mediator III (détail), 2025-2026. Photo : Thomas Adank. © Barbican Art Gallery.

Julia Phillips, Harmonizer, 2026. Photo : Thomas Adank. © Barbican Art Gallery.

Julia Phillips, Suspended Interior II, 2026, & Suspended Interior I, 2026. Photo : Thomas Adank. © Barbican Art Gallery.

Julia Phillips, Suspended Interior II, 2026. Photo : Thomas Adank. © Barbican Art Gallery.

Julia Phillips, Drainer III, 2026. Photo : Thomas Adank. © Barbican Art Gallery.

Julia Phillips, Inseminator (détail), 2026. Photo : Thomas Adank. © Barbican Art Gallery.

Julia Phillips, Attachment I with Ball Detent, 2023, & Attachment V, Flexible with Quick Release, 2024. Photo : Thomas Adank. © Barbican Art Gallery.

À Londres, le Barbican expose le post-anatomique de Julia Phillips