Rendez-vous incontournable du marché de l’art européen, Art Brussels a réuni la semaine passée 139 galeries issues de 26 pays. Son ancrage dans une dimension internationale et intergénérationnelle éclaire une nouvelle fois un panorama d’artistes dont la pratique encourage des formes inattendues.
Tammi Campbell chez Blouin Division
Ed Ruscha, On Kawara, Mark Rothko… Les grandes figures masculines de l’art contemporain sont dans le viseur de Tammi Campbell (née en 1974, Canada). Si l’artiste copie fidèlement leurs œuvres, elle les recouvre néanmoins d’emballages opaques (papier bulle, ruban adhésif, film polystyrène…) pour marquer son empreinte. Un acte de substitution qui ancre la dimension appropriationniste dans la critique d’un système dominé par les hommes.

Tammi Campbell, “I DON’T WANT NO RETROSPECTIVE” Framed, with Bubble Wrap and Packing Tape, 2024, pastel sur papier, cadre en bois, plexiglass et acrylique, 75,2 × 90,5 × 5,7 cm. Courtesy de l’artiste et de Blouin Division.
Joanna Vasconcelos chez Artemis Gallery
Reconnue pour ses sculptures à grande échelle qui décontextualisent les objets du quotidien, Joanna Vasconcelos (née en 1971, Portugal) a imaginé pour Art Brussels, avec Artemis Gallery, un stand conçu comme un habitat domestique fantastique. Marquées par une ironie évidente, ses œuvres déplacent le concept d’artisanat dans un dialogue entre sphère privée et espace public, patrimoine populaire et haute culture, tout en flirtant avec les archétypes matériels de la société.

Joana Vasconcelos, Flood, 2024, baignoire sur pieds, siphons en acier inoxydable, acrylique, résine, fibre de verre, métal chromé, pomme de douche, chaînes métalliques, 250 × 176 × 71 cm. Courtesy de l’artiste et d’Artemis Gallery.
James Rielly chez Romero Paprocki
La pratique figurative de James Rielly (né en 1956, Pays de Galles) fait dévier les référents du réel vers une imagerie trouble. Traversant les thèmes de l’enfance et de l’adolescence, ses peintures explorent une tension visuelle qui surgit de l’apparente innocence ressentie par les palettes douces recouvrant la surface de ses toiles. Dans We only have eyes for you, and you and you (2026), Rielly ne laisse en exergue que les yeux bleus de chérubins : l’objet de leurs regards, coincés entre apeurement et fascination, est hors de la toile, inconnu.

James Rielly, We only have eyes for you, and you and you, 2026, huile sur toile, 70 × 60 cm. Courtesy de l’artiste et de Romero Paprocki.
Luis M.S. Santos chez Reservoir
Multipliant la représentation du pied gauche — symbole des mouvements populaires de gauche et de résistance —, Luis M.S. Santos (né en 1993, Mozambique) conçoit ses céramiques à partir de l’argile fluviale issue de la province de Maputo. À travers Seat of power: Parliament (2025), l’artiste symbolise le siège du pouvoir par un tabouret aux extrémités anthropomorphiques fragiles, évoquant à la fois la faiblesse de l’équilibre politique et l’acte de résistance persistant.

Luis M.S. Santos, Seat of power: Parliament, 2025, bois d’acajou et céramique émaillée, 68,5 x 40 x 34,5 cm. Courtesy de l’artiste et de Reservoir.
Lucie Lanzini chez Whitehouse Gallery
Attachée au renversement de la matérialité, Lucie Lanzini (née en 1986, France) multiplie les techniques à l’image du moulage pour établir un langage à la fois poétique et ornemental, où l’organique se mêle volontairement à l’artificiel. Ses structures graphiques, qui prennent la forme de sculptures et d’installations, se jouent de contrastes bicolores pour favoriser une mise en scène qui résulte de la création humaine : si sa pratique se fonde sur le trompe-l’œil, elle ne représente jamais une vérité propre mais s’ouvre, au contraire, à de potentiels imaginaires.

Lucie Lanzini, Like and addiction #8, 2026, bronze patiné, 59 × 11 × 8 cm. Courtesy de l’artiste et de Whitehouse Gallery.
Willie Stewart chez Lazy Mike
Pour Art Brussels, la galerie coréenne Lazy Mike a consacré un solo show à Willie Stewart (né en 1982, États-Unis) : quasi hallucinatoire, la proposition faisant dialoguer un papier peint de forêt en noir et blanc et des assemblages incongrus traduit fidèlement la volonté de l’artiste d’établir un territoire subliminal. Entre icônes culturelles et références populaires, Stewart fait émerger un langage pop qui empreinte à l’histoire de l’art, du cinéma et de la musique, qu’il formalise dans une sorte de capsule nostalgique.

Willie Stewart, Memory Holder (Bruce Nauman as a Fountain), 2023, crayons de couleur et graphite sur carton, panneau sur mesure et chapeau de paille, 45,7 cm × 25,4 cm × 16,5 cm. Courtesy de l’artiste et de Lazy Mike.
Zuzanna Czebatul chez Sans titre
Présentée dans la nouvelle section « Horizons » d’Art Brussels, dédiée à l’exposition d’œuvres de grand format, l’installation T-Kollaps de Zuzanna Czebatul (née en 1986, Pologne) évoque les ruines antiques d’un monde devenu fragile et instable. Composé de plusieurs colonnes architecturales gonflables, cet amas de fragments précaires réveille l’idée d’un environnement en mutation où l’histoire, le spectacle et la décadence s’entrecroisent. Autant métaphores de la construction que de l’effondrement, ces formes chargées d’air absorbent la monumentalité dans un état de suspension.

Zuzanna Czebatul, T-Kollaps, 2019-2024, polyéthylène, dimensions variables. Photo : Andrea Rossetti. Courtesy de l’artiste et de Sans titre.
Francisca Valador chez Matèria
Les peintures sur acier de Francisca Valador (née en 1993, Portugal) adoptent des petits formats qui s’envisagent comme un inventaire intime. Réhaussées par des couleurs vives, ces natures mortes exaltent des présences sculpturales délicates : formes botaniques, objets domestiques, accessoires et insectes cohabitent au sein de ces micro tableaux et soulignent le goût de la collecte de Valador. Cette dernière attribue une portée symbolique à chaque image qui, au-delà de son échelle modeste, suggère un scénario plus vaste.

Francisca Valador, Tempestade, 2026, huile sur acier inoxydable, 11,5 × 13 × 2,5 cm. Courtesy de l’artiste et de Matèria.
Art Brussels
artbrussels.com


