Henry Glover : « La mort n’est pas linéaire »

À Londres, la galerie C. G.Williams présente la seconde exposition d’Henry Glover (né en 1997), « One last sleep ». Façonnant une atmosphère douce-amère au moyen de la peinture et de la céramique, l’artiste britannique revient sur son exploration des images passéistes, folkloriques et imparfaites

Cette deuxième exposition s’inscrit dans une trilogie. Quelle place occupe la narration dans votre pratique ?

Henry Glover : Je considère l’œuvre comme un élément s’inscrivant dans un récit plus vaste que celui d’un lieu unique. C’est pourquoi j’ai décidé de concevoir une trilogie d’expositions. La première d’entre elles, intitulée « Where will our bones rest », pose la question de savoir où nous allons une fois morts ; où nous finirons. Dans mon travail, le motif des portails fait allusion à ces seuils entre le rêve et la réalité, entre le monde mortel et le monde éternel. L’exposition que je présente actuellement, « One last sleep », deuxième volet de cette trilogie, semble à première vue décrire notre destination finale, mais elle se concentre en réalité sur nos derniers instants, mêlant réalité et fiction au moment de notre mort, afin de donner un sens à cette inconnue. Elle commence à décrire un voyage vers l’au-delà, qui sera pleinement abouti dans ma dernière exposition, « I will take on your scars », qui aura lieu à Bagno Vignoni, en Italie.

La mort est-elle le protagoniste de cette seconde exposition ?

Henry Glover : « One last sleep » explore le chagrin que l’on ressent lorsque l’on perd un être cher. C’est une expression douce-amère et pleine d’amour : il ne s’agit pas de mourir, mais plutôt de faire un dernier somme avant de partir. C’est un adieu, un départ vers un prochain voyage dans l’au-delà. Qu’elle s’inspire ou non de la réalité, l’exposition est une rêverie autour de cette idée. À l’instar d’un rêve inspiré de personnes réelles, ma propre pratique du journal intime s’enrichit d’un mélange de mythe, de fantaisie et d’histoire pour porter un regard à la fois vers le passé et vers l’avenir. La mort n’est pas linéaire, et l’exposition en donne des indices, oscillant entre les derniers souvenirs et des images plus extrêmes de la mort, des anges et des lieux symboliques tels que le jardin, les châteaux et les étoiles.

Pourquoi combiner peinture et céramique, deux médiums distincts adoptant des dimensions variables ?

Henry Glover : J’ai toujours travaillé entre ces deux disciplines, créant un univers à partir duquel je produis à la fois des céramiques et des peintures de manière cyclique. Elles se font écho et sont essentielles pour exprimer mes idées de façon immersive, avec une sensation d’immédiateté et de tangibilité. Mes idées naissent en grande partie d’une mémoire déformée, poussant l’artifice à travers l’imitation et la répétition. Ces médiums permettent vraiment ce jeu ; ils possèdent des propriétés alchimiques fluides et j’en accepte presque toutes les traces, résistant à l’envie de peaufiner et laissant les accidents transparaître pour révéler une honnêteté brute dans l’œuvre.

Vos portraits semblent extraits de mythologies, de contes populaires anciens. Pourquoi cette fascination ?

Henry Glover : C’est un thème récurrent dans mon travail. Je suis naturellement attiré par les récits anciens qui, à l’instar des légendes arthuriennes ou des contes populaires, ont une vocation historique ou moralisatrice, tout en s’appuyant sur un mélange de fantaisie et de réalité. Ils suscitent chez moi une suspension d’incrédulité que je trouve puissante, et me permettent de tisser mes propres vérités allégoriques, riches de références à l’histoire et aux mythes.

Finalement, comment décririez-vous votre esthétique ?

Henry Glover : Mon esthétique s’inspire de ma pratique, à mi-chemin entre la céramique et la peinture à l’huile. Elle est expressive, mais parfois sobre. Je recours à des traits cursifs et à des répétitions inspirés des gloses marginales des manuscrits médiévaux. Des peintres comme Faye Wei Wei ou Edvard Munch, qui mêlent figures et paysages, m’inspirent beaucoup. Je me sens proche du symbolisme, en faisant référence à des œuvres anciennes tout en créant ma propre iconographie. J’aborde la céramique de la même manière, mais je fais parfois référence au mouvement Jugendstil, et plus récemment aux tombes et à la poterie étrusques. J’ai souvent l’impression de m’entourer de musique, de films, de mode et d’art sombres et gothiques. Profondément romantiques mais tragiques, avec un accent mis sur le corps. Je cherche sans cesse à ressentir et à exprimer cette nostalgie douce-amère, en capturant la sensation de la lueur rouge et blanche que l’on perçoit en clignant lentement des yeux face au soleil.


Exposition « Henry Glover. One last sleep »
Jusqu’au 23 juin 2026 à la galerie C. G. Williams
40 Great Russell St – London WC1B 3PH
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Henry Glover. Photo : Kai Marks.

Vue de l’exposition « One last sleep » d’Henry Glover, C. G. Williams, Londres, 2026. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Peter Otto.

Henry Glover, Flaming Sconce, 2026, oxyde de fer et craquelures transparentes sur bougie en grès et en cire d’abeille, 22 × 8 × 8 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Peter Otto.

Vue de l’exposition « One last sleep » d’Henry Glover, C. G. Williams, Londres, 2026. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Peter Otto.

Henry Glover, Effervescent Wish, 2026, céramique émaillée, 37 × 25 × 25 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Peter Otto.

Henry Glover, Light Castle Tile, 2026, oxyde de fer et craquelures transparentes, 12 × 12 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Peter Otto.

Vue de l’exposition « One last sleep » d’Henry Glover, C. G. Williams, Londres, 2026. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Peter Otto.

Henry Glover, 5ever, 2026, oxyde de fer, craquelures transparentes et glaçage pour grès dans cadre en bois, 15 × 38 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Peter Otto.

Henry Glover, Real Life Angel, 2026, huile sur toile, 182 × 152 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie. Photo : Peter Otto.

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