Rencontres d’Arles : ces 12 expositions à voir absolument

Où sont les images incontournables qui habitent le parcours de cette 57e édition des Rencontres d’Arles ? Cet été, la photographie propose une relecture du monde : entre scènes émergentes, explorations d’archives, collections et expositions thématiques, le médium s’ouvre à un nouvel espace de réflexion.

Phan Quang à l’Espace Monoprix

Faussement documentaire, la photographie de Phan Quang (né en 1976) trouble la représentation du réel. Chacune de ses images réunit des sujets, souvent statiques, enveloppés dans un voile de mariée et immortalisés au sein de leur environnement domestique. Le photographe vietnamien, exposé ici dans le cadre du Prix Découverte de la Fondation Louis Roederer, transpose l’étoffe en un masque doublement révélateur et dissimulateur ; elle agit comme un filtre protecteur entre le regard et l’intimité pénétrée, tout en floutant les récits personnels des communautés.

Phan Quang, Re/cover n°7, Hanoï, Vietnam, 2014, série “Re/cover”, 2013-2016. Courtesy de l’artiste et Galerie Bao.

L’image cannibale à la Chapelle de la Charité

Huit artistes — parmi lesquels Camille Benarab-Lopez (née en 1989), Lucile Boiron (née en 1990), Eli Craven (né en 1979) ou encore Aapo Huhta (né en 1985) — s’affranchissent du cadre traditionnel de la photographie pour explorer la nature cannibale de l’image. Entre appétit viscéral et tensions bestiales, l’énergie qui se dégage de ces installations, vidéos, sculptures et tirages met en lumière un corps soumis à l’autodestruction et livrés, sans peine, à la voracité de notre regard.

Lucile Boiron, Fricon, Fricasse ! VII, 2024. Courtesy de l’artiste.

Bertien van Manen au Centre de la photographie de Mougins

Dans le cadre du parcours du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins accueille une rétrospective dédiée à Bertien van Manen (1935-2024). Du hasard à la banalité, la Néerlandaise se révèle ici comme une chroniqueuse d’images ordinaires, captées à travers un regard humaniste et féministe. Inspirée par Robert Frank, elle nourrira sa pratique durant plusieurs années d’un engagement, plus subjectif, voué à mettre en relief les disparités sociales.

Bertien van Manen, Ljalja, Odessa, 1991. Courtesy de la Fondation Bertien van Manen.

Orianne Ciantar Olive à la Maison des Peintres

Par des principes de solarisation, de retournement de pellicule et d’altération chromatique, Orianne Ciantar Olive (née en 1981) examine la variabilité de l’image en s’appuyant sur un territoire en guerre pour en déplacer les repères. En 2019, l’artiste-chercheuse marseillaise entreprend de retourner en Syrie mais ne dépassera jamais la frontière ; son assignation à un espace saturé de lignes infranchissables lui inspire cette poésie orchestrée ici dans Les Ruines circulaires, où les séquences se répondent en miroir autour d’un soleil qui devient tant motif plastique que sujet conceptuel.

Orianne Ciantar Olive, Le Marc de café, 2023. Courtesy de l’artiste.

La collection photographique de Christian Lacroix au musée Réattu

Déployées dans les collections permanentes du musée Réattu, les photographies rassemblées depuis une trentaine d’années par Christian Lacroix manifestent un désir évident d’inspiration constante naviguant entre approches sensibles et regards décalés. Annie Leibovitz (née en 1949), Sarah Moon (née en 1941), Mario Testino (né en 1954) ou encore Erwin Wurm (né en 1954) prennent part à cette collection exceptionnelle où les portraits s’incarnent à travers des images à la fois crues, poétiques ou documentaires.

Véronique Ellena, Rayon produits d’entretien, série Les Supermarchés, 1992. Courtesy de l’artiste.

Des images extraterrestres à Croisière

Avec « Nous ne sommes pas seuls », le commissaire Philippe Baudouin propose une traversée de l’univers visuel des ovnis, et plus largement celui des phénomènes aérospatiaux non identifiés. À l’appui d’archives et d’œuvres contemporaines, l’ufologie devient ici un objet d’étude à part entière, de fascination et d’expérience esthétique singulière qui nourrit toutes formes de théories.

Apolinar « Paul » Villa et Gabriel Green, See… Flying saucers are real !, v. 1970. Collection Agence Martienne.

« Ctrl. » à l’École nationale supérieure de la photographie

Fruit d’un projet de recherche curatoriale mené tout au long de l’année 2026 par un groupe d’étudiants de l’École nationale supérieure de la photographie à Arles, cette exposition collective amorce une exploration des nouvelles fonctions iconographiques. Elle donne à voir « l’intérieur de l’appareil, ses rouages, ses données, sa mécanique. Il s’agit de contempler l’envers du décor où défilent les images ».

François Bellabas, By Default [Par défaut], 2024, écran moniteur, Raspberry Pi, parpaings. Courtesy de l’artiste et de l’ADAGP, Paris, 2026.

Paul Kodjo à Croisière

Cette première rétrospective française de Paul Kodjo (1939-2021) souligne l’importance d’une figure majeure de la photographie ayant participé à la construction de la culture visuelle ivoirienne postindépendance. Précurseur du photoroman en Afrique, Kodjo est ici révélé à travers des images qui se font le reflet des transformations sociales et économiques au cours du « miracle ivoirien », période de prospérité pendant les années 1960‑1970 ayant favorisé le dynamisme culturel du pays et son accès à la consommation globalisée.

Paul Kodjo, Abidjan, années 1970, série “Les Soirées dansantes”. Courtesy des Rencontres du Sud.

Le livre photo jeunesse à l’Espace Van Gogh

Rarement exploré, le livre photo jeunesse tient néanmoins un rôle fondamental dans l’histoire de l’édition et de la photographie. À travers une centaine d’ouvrages internationaux, l’exposition éclaire un genre littéraire aux dimensions plurielles ludiques, fictives, éducatives qui n’a cessé de se développer depuis les années 1930. Entre maquettes et photographies originales, « R comme Regarder » renseigne autant sur les approches pédagogiques que sur la perception du statut de l’enfant dans les sociétés occidentales.

Reinhard Matz, Frühstück [Petit-déjeuner], 1995-2000. Courtesy de Reinhard Matz.

« Flower Power » au Jardin d’été

Cinq artistes internationaux Matei Bejenaru (né en 1963), Suzanne Lafont (née en 1949), Alice Pallot (née en 1995), Anaïs Tondeur (née en 1985) et Jiang Zhi (né en 1971) font éclore leurs esthétiques florales au cœur du Jardin d’été arlésien. Interrogeant le motif de la fleur à travers un prisme écologique, politique ou historique, chacun s’approprie cet élément traditionnellement ornemental pour le replacer pleinement dans une expérience du vivant.

Jiang Zhi, Lettres d’amour n°22, 2014. Courtesy de l’artiste et de PARIS-B.

« Vigilance » au Ground Control

En 1953, EDF crée le magazine Vigilance pour sensibiliser ses équipes aux enjeux de prévention et de sécurité liés à l’électricité. Ce « travail sous tension », traduit par l’image, est exposé ici au moyen d’archives et de photographies traduisant l’importance accordée à une représentation à la fois esthétique et documentaire de l’industrie électrique, envisagée non seulement comme un projet technique, mais aussi comme le vecteur d’une ambition culturelle et civilisationnelle.

Pierre Berenger, Nouveau sac d’outillage pour monteur électricien, 1964. Courtesy des archives EDF.

« Génération ENSP » à Croisière

Guillaume Chevalier Fustec, Denis Valery Ndayishimiye et Susanna De Vido ont été choisis par la commissaire Aurélia Marcadier pour leurs écritures sensibles du monde contemporain fondées sur les questions d’identité, de mémoire ou de réparation. Glissant entre expérience du deuil, construction genrée et relations interespèces, les trois artistes issus de l’ENSP proposent un témoignage de leur engagement par l’invention de matières narratives inédites.

Guillaume Chevalier Fustec, Swift & Swallow °22, 2022-2026. Courtesy de l’artiste.


Rencontres de la photographie d’Arles
Jusqu’au 4 octobre 2026
rencontres-arles.com


Rencontres d’Arles : ces 12 expositions à voir absolument