Par Camille Tallent

EXPOSITION // Le dialogue anachronique des montages vidéo de Laurent Fiévet construit un espace-temps où la Renaissance italienne et le cinéma américain cohabitent avec poésie.

Dans les six installations vidéo de l’exposition States of Grace à la galerie Dohyang Lee, Laurent Fiévet développe, par un jeu de montage et de superpositions subtiles, une narration interactive. Chacune des vidéos propose un extrait de Fenêtre sur cour, le film d’Hitchcock réalisé en 1954, sur lequel l’artiste français vient associer des représentations de madones extraites d’œuvres de Léonard de Vinci.

Cette utilisation d’une iconographie connue, emblématique du cinéma et de la peinture, répond à la volonté de l’artiste de « créer un système d’attente chez [le spectateur] qui sera exploité ou détourné au sein des installations »¹. L’équilibre plastique des montages vidéo est pensé de sorte que les couleurs se répondent parfaitement : la blondeur étincelante de Grace Kelly se fond dans la teinte ocre du papier de La Vierge, l’Enfant Jésus avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste (1500) ;  les vêtements de nuit de James Stewart s’accordent à l’unisson avec les drapés bleus de la Madone Litta (1490).

Espaces intimes et cryptiques de la galerie participent à l’atmosphère de latence énigmatique des vidéos ; cette langueur presque érotique est appuyée par la lenteur du montage mais aussi par la fluidité passive des interférences entre les personnages. Pour appuyer l’expérience déjà enivrante et sensorielle (son et vidéo) de l’exposition States of Grace, l’artiste, avec le soutien d’un ex-sommelier, a choisi d’associer un vin différent avec chaque vidéo projetée. //

¹ www.laurentfievet.com.

Laurent Fiévet //
Exposition States of Grace jusqu’au 17 janvier 2016 at galerie Dohyang Lee
73-75 rue Quincampoix 75003 Paris
www.galeriedohyanglee.com