Par Camille Tallent

EXPOSITION // La galerie Temple permet à l’artiste Michele Tagliaferri d’extraire ses photographies du livre Grass, édité en 2015, en exposant certaines images de la série qui le compose. 

Cette proposition d’accrochage s’inscrit dans un cycle de trois expositions qui a pour point de départ trois livres – dont Grass – de la maison d’édition indépendante espagnole Dalpine : un glissement de l’horizontal éditorial au vertical curatorial qui n’a rien altéré à la puissance poétique des images qui s’articulent entre elles avec une justesse inouïe.

Quelques photographies de sa série hybride Grass habitent les murs du white cube dans un accrochage ingénieux qui se joue de la surface réduite de la galerie. Encore plus immersif, mais tout aussi intime que « l’expérience livre », l’exposition Grass nous plonge au cœur d’une structure circulaire sur lesquels les grands tirages de l’artiste sont suspendus.

Dans une certaine mesure, le travail de Michele Tagliaferri se révèle par l’association subtile et organique de ses photographies. Le détail des drapés d’une statue de marbre glacé se heurte à l’image resserrée sur les bourrelets mous et tièdes d’un homme, le cliché d’une écume fumante semble s’évaporer vers le portrait d’un ciel brumeux… De la rencontre de ces éléments émane une énergie narrative qui se situe dans l’entre-deux, ce moment où le regard glisse d’une image à l’autre.

Une narration fluide ponctuée d’images de fragments d’objets, de corps et de vues plus panoramiques, assemblés dans un jeu de correspondances où les proportions sont brouillées. Cet écho photographique – tantôt conflictuel, tantôt évident, mais toujours harmonieux – prend sa source dans les analogies subtiles du motif photographié : sa silhouette, sa matérialité, son agencement dans l’espace de l’impression.

Les photographies de Michele Tagliaferri, par leurs réverbérations, semblent combler le vide qui réside matériellement entre elles. Dans l’abstraction puissante de ce méandre d’images, une narration apparaît néanmoins avec évidence car elle nous renvoie à nos propres associations d’idées et à cette façon paréidolique d’observer les choses. L’énergie qui se dégage de son œuvre réside tant dans la qualité plastique et évocatrice des ses photographies que dans sa capacité à construire une poésie de l’image par les choix formels d’agencements sur la page ou dans l’espace. //


Exposition Grass de Michele Tagliaferri //
Jusqu’au 18 juin 2016 at galerie Temple 
20 rue de la Corderie 75003 Paris
www.templeparis.com