Par Clélia Dehon

EXPOSITION // Aux quatre coins du white cube, les fragments féminins à l’élégance pop de Tom Wesselmann éblouissent avec force la galerie parisienne Almine Rech.

Comme en clignant des yeux, l’évocation du nom de Tom Wesselmann fait apparaître une succession d’images mentales composées de silhouettes, de cigarettes, d’objets publicitaires et de parties intimes. Figure iconique du Pop Art américain, l’artiste est le représentant incontesté de l’American nude, titre d’une importante série qu’il amorce dans les années 60 autour du nu féminin. Formes lisses et sensuelles aux aplats de couleurs éclatantes : dans la lignée de Matisse — l’une de ses inspirations majeures —, Tom Wesselmann a fait de la superposition et du collage d’images naïves et suggestives sa technique privilégiée.

Près de vingt ans après sa dernière grande présentation à la Fondation Cartier, la galerie Almine Rech le met à l’honneur en réactivant pour la toute première fois dans la capitale son œuvre-performance Bedroom tit-box montrée en 1970 à la Sidney Janis Gallery de New-York. Cette œuvre plus marginale dans le parcours de l’artiste est l’un des attraits principaux de l’exposition. Contenant un ensemble d’objets équivoques — roses, cendrier, orange, flacon et mouchoirs —, la boîte est encastrée dans un mur, visible du public à travers une paroi de plexiglas. Une cloison au plafond du réceptacle permet à une femme cachée à l’abri des regards, de glisser son sein au travers un trou. Seule cette partie de l’anatomie étant perceptible des visiteurs, le rapprochement du regard entre un sein réel ou factice est mis en difficulté. Audacieuse, cette pièce peut-être considérée comme le point culminant de la mise en volume des fameux American Nude.

Introduisant régulièrement des objets usuels dans ses toiles juxtaposées, Tom Wesselmann adopte ici avec l’emploi du corps humain, une approche toujours aussi subtile, mais cette fois-ci bien réelle de la sexualité. Alors que Marcel Duchamp, ou plus tard Valie Export, invitaient sans pudeur à la toucher, Tom Wesselmann place la poitrine dans un double carcan. Faut-il y voir pour autant une soumission de la féminité ? Interprète de l’obsession de ses compatriotes, l’artiste ironise en réalité sur les fantasmes et la sexualité des Américains à une époque d’affranchissement corporelle. L’accrochage de l’exposition en témoigne habilement par les nombreux rebonds visuels des motifs sexuels : tandis qu’une bouche détourée semble s’offrir à la passion dans une toile, le pénis suggéré — mais absent de celle-ci — se trouve accroché quelques mètres plus loin. Les symboles métaphoriques comme les oranges ou les fleurs ponctuent également le parcours, imprégnant la galerie d’une ambiance aussi érotique qu’artistique.

L’exposition A Different Kind of Woman a le pouvoir de jouer sans complexes avec les images d’une œuvre de Tom Wesselmann peu dévoilée en France, mais toujours aussi contemporaine : politiquement, socialement et artistiquement, cette liberté iconographique non censurée résonne avec émancipation. //


Exposition A Different Kind of Woman de Tom Wesselmann
Jusqu’au 21 décembre 2016 at Almine Rech Gallery
64 rue de Turenne, 75003 Paris
www.alminerech.com


Tom Wesselmann, Bedroom Tit Box, 1968-70 © Courtesy de l’Estate de Tom Wesselmann et Galerie Almine Rech
Tom Wesselmann, Black Bra and Green Shoes, 1981 © Courtesy de l’Estate de Tom Wesselmann et Galerie Almine Rech
Tom Wesselmann, Bedroom Painting #67, 1983 © Courtesy de l’Estate de Tom Wesselmann et Galerie Almine Rech
Tom Wesselmann, Bedroom Blonde with T.V., 1984-93 © Courtesy de l’Estate de Tom Wesselmann et Galerie Almine Rech
Tom Wesselmann, Smoker #3 (Mouth #17), 1968 © Courtesy del'Estate de Tom Wesselmann et Galerie Almine Rech
Tom Wesselmann, Smoker #3 (Mouth #17), 1968 © Courtesy de l’Estate de Tom Wesselmann et Galerie Almine Rech