Par Otto Stenneng

REVIEW // Avec Every stone should cry, Théo Mercier s’introduit dans le musée de la Chasse et de la Nature pour composer un territoire ponctué de figures contraires. Ses sculptures et ses installations font à la fois écho au jeu et à la peur, tout en questionnant la relation homme-nature. Une exposition qui mise sur l’absurde tout en séduisant par le détournement.

Metteur et scène et plasticien, Théo Mercier investit le musée de la Chasse et de la Nature en proposant une exposition fondée sur l’anthropocentrisme. En créant une collection d’objets hybrides associant figures issues du corps humain et éléments naturels, l’artiste matérialise une perception du monde entre patrimoine (culturel, historique, environnemental) et ironie. Cet archéologue du détournement offre ainsi une alchimie visuelle qui puise son langage dans les sciences naturelles et n’hésite pas à les passer au mixeur, avec des formes domestiques qui tiennent rôle d’ingrédients principaux.

Dans la salle d’exposition temporaire du musée, l’artiste imagine un espace « entre l’animalerie, le terrain de jeu et le cabinet d’étude en psychologie comportementale », baigné de lumière artificielle. Une fois immergé dans ce white cube, le visiteur se questionne sur sa propre identité en découvrant autour de lui des totems surréalistes rappelant les arbres à chats, des balles de jeu à l’esthétique minérale et une grille laissant penser qu’il se trouve en cage. La neutralité de l’éclairage, isolant du temps, participe au questionnement. Métaphores de sexes, seins abandonnés, mains sortant de coquillages : la recette fonctionne et rend compte d’une poésie hybride aux accents érotiques, glorifiant l’absurdité. 

En parallèle de ces pièces qu’il a l’habitude de présenter en accumulation, souvent comme des cabinets de curiosité, Théo Mercier sème au sein même des collections permanentes un ensemble de sculptures qui flirte avec le danger. Des pièces de mobilier sont posées sur des œufs, des pierres en équilibre menacent de s’effondrer, des créatures inconnues se retrouvent mises sous verre. Un parcours aux nombreux obstacles qui, un peu moqueur, renverse le rapport entre dominant et dominé, et place l’homme au cœur d’une étrange introspection. //


Exposition Every stone should cry by Théo Mercier
Jusqu’au 30 juin 2019 at musée de la Chasse et de la Nature
62 rue des Archives 75003 Paris
chassenature.org


Photos © Erwan Fichou, 2019 / Courtesy of the artist