Quelles expositions voir à Paris en cette rentrée ?

Du Marais à Matignon, les galeries parisiennes inaugurent cette rentrée avec de nouvelles expositions qui proposent de lire portraits et objets à travers des regards artistiques inattendus.  

Thomas Broomé chez Bendana-Pinel 

« La chorégraphie de la vie contemporaine est construite à partir d’instructions invisibles, de schémas que nous ne nous souvenons pas d’avoir appris mais que nous exécutons d’une manière ou d’une autre. Nous appelons cela la liberté, mais nous nous déplaçons au rythme de forces que nous ne contrôlons pas. », renseigne Thomas Broomé (né en 1971). S’appuyant sur les automatismes provoqués par les sphères capitaliste, médiatique ou encore matérialiste qui régissent notre quotidien, l’artiste suédois propose avec cette exposition un ensemble d’acryliques où chaque objet est façonné du mot « DANCE », répété et entrelacé de manière obsessionnelle. « Cette exposition n’est pas une réponse. C’est un miroir. Elle nous montre la chorégraphie que nous exécutons chaque jour et nous demande si nous ne pourrions pas choisir un pas différent. », ajoute le peintre. Exposition « DANCEDANCEDANCE », du 6 septembre au 31 octobre 2025, à la galerie Bendana-Pinel — 4, rue du Perche 75003 Paris — bendana-pinel.com.

Thomas Broomé, Dance Lamp, 2025, acrylique sur toile, 110 × 80 cm. Courtesy de l’artiste et de Bendana-Pinel Art Contemporain.

Marion Baruch et Juliette Minchin à la Galerie Anne-Sarah Bénichou

La véritable osmose d’un duo show s’opère lorsqu’un dialogue visuel, voire sémantique, s’illustre par des correspondances sensibles. C’est ce que propose la Galerie Anne-Sarah Bénichou avec son exposition « Flambeaux » mettant à l’honneur deux femmes de générations différentes. La première, Marion Baruch (née en 1929), artiste quasi centenaire dont la pratique socialement engagée s’illustre par des sculptures réalisées à partir de chutes industrielles textiles, transpose la finalité du rebut en matériau de création. À ces lés de polyester suspendus répondent ici les assemblages dominés par la cire de Juliette Minchin (née en 1992). La jeune artiste flirte ici volontairement avec l’ésotérisme, tout en résonant avec les surfaces ajourées, presque écorchées, des pièces de sa partenaire. Exposition « Flambeaux », du 6 septembre au 31 octobre 2025, à la Galerie Anne-Sarah Bénichou — 45, rue Chapon 75003 Paris — annesarahbenichou.com.

Juliette Minchin, Flambeau, avenue Jean Jaurès 2, 2025, étain, cire, mèches et acier étamé, 60 × 50 × 5 cm. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Anne-Sarah Bénichou. Photo : Romain Darnaud.

Laurent Proux chez Semiose

Lignes saillantes, muscles bombés, membres articulés : de ces corps organisés dans l’espace de la toile, Laurent Proux (né en 1980) en manifeste une aura maniériste, soutenue par une palette aux accents fauves. Révisant le potentiel expressionniste du portrait par la fusion de tons rouge orangé et bleu violacé habitant la peau de ses figures, l’artiste compose des mêlées de nus masculins et féminins qui donnent lieu à des architectures charnelles s’inscrivant au milieu de paysages sauvages, champêtres. Pour sa nouvelle exposition individuelle présentée à la galerie Semiose, « The Nature Poem », Laurent Proux établit une série de tableaux où ces corps — dont les visages sont souvent représentés aveugles — s’agglomèrent, sans résoudre l’énigme d’une quelconque lutte ou étreinte. Exposition « The Nature Poem », du 30 août au 11 octobre 2025, à la galerie Semiose — 44, rue Quincampoix 75004 Paris — semiose.com.

Laurent Proux, Duel, 2025, huile sur toile, 220 × 182 × 3,5 cm. Courtesy de l’artiste et de Semiose.

Marco Godinho chez Alberta Pane

Premier solo show de Marco Godinho (né en 1978) à la galerie Alberta Pane, « The Reminder of the Winds » est pensé comme une « exposition-poème ». S’emparant d’un lexique associant vents, souffles et atmosphères, l’artiste luso-luxembourgeois tente ici de confondre espaces intérieur et extérieur, et de rendre palpable les flux invisibles et vitaux. « Le titre de l’exposition évoque dès sa lecture une image insaisissable, un imaginaire, une ambiance autour du vent — de la circulation des fluides, des mouvements de l’atmosphère. Mais c’est aussi une manière de ressentir les intensités de notre environnement. Ce vent, invisible et extérieur, qui peut caresser comme dévaster, nous interroge : comment ce dehors conditionne-t-il un corps intérieur, un espace intime, privé ? Ce vent qui s’infiltre en nous devient ouverture à l’autre, à ce qui est multiple, mouvant, incertain, en perpétuelle transformation. », éclaire Marco Godinho. Exposition « The Reminder of the Winds », du 6 septembre au 8 novembre 2025, à la galerie Alberta Pane — 44-47, rue de Montmorency 75003 Paris — albertapane.com.

Marco Godinho, From Gesture to Gesture (The Reminder of the Winds), 2020, morceaux d’emballages en carton arrachés, épingles en acier, 200 × 80 cm. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Alberta Pane.

Théo Mercier chez mor-charpentier

Coutumier des emprunts à l’histoire de l’art et des civilisations pour arranger ses propres sculptures, Théo Mercier (né en 1984) signe ici une série inédite de treize assemblages. Réunis sous le titre Snail Machines, ils rattachent une œuvre ancienne — art romain, masque africain, théâtre Nô… — à une colonie d’escargots. Après « Mirror Error » présentée en 2023, cette nouvelle exposition à la galerie mor-charpentier célèbre ainsi, à la façon d’un vivarium, les actions des gastéropodes qui pleurent, recouvrent, soignent et dévorent. Réalisé partiellement en collaboration avec l’Atelier de moulage de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, ce corpus fait l’éloge de la lenteur et de la matière, tout en forgeant une imagerie inattendue. Exposition « I Swallow Your Tears », du 6 septembre au 4 octobre 2025, à la galerie mor-charpentier — 18, rue des Quatre-Fils 75003 Paris — mor-charpentier.com.

Théo Mercier, Snail Machine, 2025, dimensions variables et matériaux divers. Courtesy de l’artiste. © Théo Mercier / ADAGP, Paris, 2025. Photo : Erwan Fichou.

Amanda Wall chez Almine Rech 

Dans sa galerie située avenue Matignon, Almine Rech présente une nouvelle exposition de l’Américaine Amanda Wall intitulée « Beddy Bye ». Entre portraits fantasmés et scènes intimes, ce corpus de peintures rencontre l’imaginaire qui habite l’espace du lit. Perçu par l’artiste comme « un refuge où l’on peut se retirer du monde et se confronter à soi-même », le lit devient le paysage où s’implantent personnages et objets blottis les uns contre les autres, sous les draps : sommeil collectif, enchevêtrement corporels, entrelacements affectifs : Amanda Wall orchestre sur la toile des personnages issus de sa mémoire ou de son propre reflet pour proposer des situations tout aussi apaisantes qu’invraisemblables.  Exposition « Beddy Bye », du 12 septembre au 11 octobre 2025, chez Almine Rech Matignon — 18, avenue Matignon 75008 Paris — alminerech.com.

Amanda Wall, Anon, 2025, huile sur lin, 101,6 × 127 cm. Courtesy de l’artiste et Almine Rech. Photo : Matthew Kroening.

 

Laëtitia Badaut Haussmann

Exposée simultanément au sein des deux galeries qui la représentent, Laëtitia Badaut Haussman (née en 1980) poursuit avec « Le cœur et les poumons » sa réflexion autour des pratiques domestiques et de la sémantique spatiale. S’inspirant notamment de la théorie spatio-féministe — impliquant la division et le cloisonnement de l’espace par les genres —, l’artiste use de cette double exposition pour faire circuler ses images aux dimensions symboliques, anatomiques et relationnelles interdépendantes. À la Galerie Allen, elle déploie notamment son projet The Tobacco Files entamé en 2022, bibliothèque visuelle réunissant des milliers d’images de tabac extraites de publicités, campagnes politiques, films et blogs ; chez Emanuela Campoli, elle laisse place à une grammaire du cœur en mettant l’accent sur l’espace intime et l’attachement aux objets. Exposition « Le cœur et les poumons », du 6 septembre au 11 octobre 2025, à la Galerie Allen — 6, passage Sainte-Avoye 75003 Paris — galerieallen.com / chez Emanuela Campoli — 4-6, rue de Braque 75003 Paris — emanuelacampoli.com.

Laëtitia Badaut Haussmann, Maisons Françaises, une collection n°198112P2324, impression jet d’encre noir et blanc sur papier, dimensions variables (source: publicité parue dans la revue Maison Française 353 — crédit eldorado).

Quelles expositions voir à Paris en cette rentrée ?