Tania Arancia révèle ses cyanotypes intimes au salon unRepresented

Originaire de la Guadeloupe, Tania Arancia, seconde lauréate de la bourse de soutien à la création contemporaine française caribéenne et amazonienne, créée par Rubis Mécénat, le salon unRepresented et la Station Culturelle, expose à Paris. Entre créolité, histoire familiale et héritage collectif, ses cyanotypes sur textile révèlent une imagerie sensible et fragmentée.

Après avoir récompensé Jordan Beal l’an dernier, la bourse de soutien à la création contemporaine française caribéenne et amazonienne initiée par Rubis Mécénat, le salon unRepresented et la Station Culturelle est attribuée à Tania Arancia (née en 2002, Guadeloupe). Artiste et designer textile, cette diplômée en recherche et développement spécialisée en la matière à l’École supérieure des Arts appliqués Duperré poursuit depuis plusieurs années une exploration mémorielle de l’environnement culturel et politique dans lequel elle a grandi, notamment au moyen du tissage. « Ce que le tissage me permet de créer raconte un quotidien et des souvenirs familiers ancrés dans mon environnement. […] Je le perçois comme une pratique de résistance historique. En période coloniale, la Guadeloupe a été productrice de matières premières liées au textile, notamment l’indigo et le coton, mais celles-ci n’ont jamais été transformées sur place. Reprendre cette pratique est une manière pour moi de pouvoir faire culture en participant à la création, au tissage d’un environnement qui, pour une fois, serait autodéterminé. Le lien que j’entretiens avec le tissage est avant tout ancestral et remonte jusqu’à d’autres territoires qui font ma culture et la culture guadeloupéenne, je pense notamment à l’Inde et à l’Afrique de l’Ouest. », confie-t-elle.

À ses débuts, par l’emploi d’un métier à tisser manuel et la conception d’accessoires de mode, Tania Arancia s’est ainsi forgé une pratique personnelle conjuguant couleurs et fils pour faire émerger des « textiles intimes », nourris d’une forte nostalgie familiale couplée à cette forme de résistance défendant la créolité et son territoire. « La créolité m’a permis d’aborder mon identité à un moment donné, mais ce n’est plus un terme sur lequel je m’appuie aujourd’hui pour me définir. À l’échelle de ma pratique, j’aborde la créolité comme un pouvoir d’invention infini. Cela donne des possibilités de création que je n’ai moi-même pas encore commencé à aborder pleinement. Elle me permet d’appréhender l’infinité de mon être, mais aussi de ma culture, sans pour autant aller vers l’universalité, souvent associée à la notion de créolité. Je considère que les histoires que je raconte à travers mon travail ne peuvent être associées aux réalités de tout le monde. », explique l’artiste attachée à faire dialoguer mémoire intime et histoire collective.

De retour en Guadeloupe depuis 2024, Tania Arancia continue de sonder ses souvenirs personnels à travers son art en menant une recherche textile et poétique qui s’appuie également sur l’archivage de ses mémoires familiales. Par une approche expérimentale de la photographie, elle s’approprie la technique du cyanotype pour traduire l’image en véritable matière à tisser : entre présences fantomatiques bleutées, zones d’effacement et indices de rémanence, ses œuvres paraissent rassembler des êtres et des récits écartés qui ressurgissent grâce à l’empreinte de la lumière, comme en témoigne sa série « Tentatives de résurgence » (2025). « À travers les différentes superpositions d’une image fragmentée, je cherche à apporter aux œuvres un aspect fantomatique qui traduit l’inexactitude des souvenirs autour de cette photo. C’est un moment que je n’ai moi-même pas vécu, car cette photographie vernaculaire a été prise bien avant ma naissance. Cependant, elle témoigne d’un événement particulier, qui m’est familier car ancré dans la culture familiale et collective. Les éléments clés de ces photos sont repris sur les cyanotypes comme des témoins d’une histoire collective. », indique-t-elle.

Pendant le salon unRepresented, dédié aux artistes non représentés qui expérimentent l’image, installé au Molière, à Paris, du 10 au 12 avril, Tania Arancia expose ses cyanotypes sur soie, parfois couplés à un tissage de sisal réalisé à la main. Grâce à la bourse de soutien à la création contemporaine française caribéenne et amazonienne, elle a bénéficié d’une aide à la production et d’un accompagnement professionnel pour lui permettre de développer son projet artistique. 


Exposition de Tania Arancia au salon unRepresented
soutenue par Rubis Mécénat et La Station Culturelle
Du 10 au 12 avril 2026 au Molière
40, rue de Richelieu – 75001 Paris
rubismecenat.fr


Tania Arancia. Photo : Loys Régent.

Tania Arancia, Ba mwen on bèl mòso, 2025, série « Tentatives de résurgence », cyanotype sur soie et sisal tissé à la main, 80 × 46 cm, pièce unique. © Tania Arancia. Courtesy de l’artiste.

Tania Arancia, Persiennes d’une makrèl, 2025, série « Tentatives de résurgence », cyanotype sur soie tissée à la main, 69,5 × 49,5 cm, pièce unique. © Tania Arancia. Courtesy de l’artiste.

Vue de l’exposition de Tania Arancia, salon unRepresented, Paris, 2026. Photo : Grégory Copitet.

Vue de l’exposition de Tania Arancia, salon unRepresented, Paris, 2026. Photo : Grégory Copitet.

Vue de l’exposition de Tania Arancia, salon unRepresented, Paris, 2026. Photo : Grégory Copitet.

Vue de l’exposition de Tania Arancia, salon unRepresented, Paris, 2026. Photo : Grégory Copitet.

Tania Arancia révèle ses cyanotypes intimes au salon unRepresented