10 artistes repérés à Art-o-rama

Pour sa vingtième édition, Art-o-rama, la foire d’art contemporain emblématique de Marseille, a offert le week-end dernier, à la Friche la Belle de Mai, un panorama de la création émergente française et internationale. Trente-neuf galeries ont été sélectionnées par un comité artistique et Jérôme Pantalacci, directeur de la foire. Quels sont les artistes à retenir de cette édition ?

Jonathan Bréchignac chez 22,48 m2 (Romainville)

Après s’être d’abord intéressé aux minéraux, Jonathan Bréchignac (né en 1985) emploie depuis 2023 le pollen de pin découvert en Provence. La matérialité et la teinte jaune du pollen sont immédiatement devenues pour l’artiste sources d’expérimentations. Dès lors, le plasticien s’est rapproché de palynologues, a observé les grains au microscope, s’est rendu en Chine pour en étudier les variantes possibles. Il utilise désormais le pollen comme pigment au moyen duquel il réalise des tableaux minimalistes. Des œuvres qui reproduisent les formes abstraites nées du contact du pollen avec des flaques d’eau après un orage. L’artiste crée simultanément des sculptures ovoïdes. Des gyroscopes renferment un amas de pollen, sont surmontés d’un brûleur de résine de pin qui diffuse une fragrance pour offrir une expérience olfactive. L’artiste souhaite inscrire sa démarche au sein d’un « nouvel art total », « multisensoriel » à l’image de ses récentes créations co-réalisées avec des musiciens, des chefs cuisiniers et des botanistes. Un travail au long cours initié lors d’une résidence à la Maison des arts de Pékin et aujourd’hui déployé sous différents médiums. 

Œuvres de Jonathan Bréchignac à Art-o-rama, 2026. Courtesy de l’artiste et de 22,48 m2.

Lukas Städler chez Dittrich & Schlechtriem (Berlin)

Sur le stand de la galerie berlinoise Dittrich & Schlechtriem, les photographies de Lukas Städler (né en 1992) exposent des bustes et des jambes enlacés (Andrri and Oleg, 2026). Les corps créent des obliques, remplissent la totalité de la photographie en un plan très serré. Quatre semaines avant la foire, l’artiste s’est nourri de Marseille, de ses rues et de ses plages. Les pièces présentées se veulent le prolongement de ces souvenirs de mains et d’épaules qui se touchent. Oscilant entre visions fantasmées de l’intime et mises en scène, les photographies de Lukas Städler affirment l’importance des images dans la reconnaissance de l’identité queer.

Lukas Städler, Enno, 2026, tirage fine art sur papier coton, 120 × 140 cm. © Lukas Städler / VG Bild-Kunst, Bonn, 2026. Courtesy de Dittrich & Schlechtriem.

Liz Elton chez Cable Depot (Sofia)

Liz Elton (née en 1963) a étudié la peinture européenne des 17e et 18e siècles à l’University of the Arts et à l’University College de Londres. Ses inspirations éclectiques s’étendent à l’Arte Povera, à Cézanne et à Malevitch auquel elle fait référence par la forme carrée d’une pièce récente, Black and Blue (2026), exposée sur la foire. Durant le confinement, pour pallier à l’angoisse, Liz Elton s’est initiée à la cuisine. En observant l’amoncellement des épluchures dans sa poubelle, elle a pensé que l’ensemble se rapprochait d’une peinture hollandaise, d’un memento mori. Elle en réalise des séries photographiques (Compost Bin, 2023), étend sa réflexion au gaspillage alimentaire. Elle réutilise des sacs en amidon de maïs compostable puis les teint à l’aide de pigments issus de ses déchets organiques : épluchures d’oignon ou d’avocat, feuilles de chou rouge. « Je trouve du réconfort à l’idée que nous fassions partie d’un recyclage universel de la matière — une infime partie — et que la vie trouve le moyen de continuer », explique l’artiste.

Liz Elton, Habitat, 2024, amidon de maïs compostable, graines, textiles domestiques, soie, 250 × 450 × 150 cm. Photo : BJ Deakin Photography. Courtesy de l’artiste et de Cable Depot.

Thomas Mailaender chez Double V Gallery (Marseille)

Basé à Marseille, Thomas Mailaender (né en 1979) a étudié aux Arts Décoratifs à Paris puis à la Villa Arson à Nice. Avec humour, il transpose sur des objets des images vintage pour « sortir la photographie de son cadre, lui donner une matérialité et la faire exister autrement, sur des objets, des corps ou dans l’espace ». Il s’approprie la technique du cyanotype et de la gélatine photosensible, collecte des images dans des marchés aux puces, dans des magazines et des albums de famille. Sa nouvelle série, réalisée autour du loisir de la navigation propre au bassin méditerranéen, trouve son origine dans le désir nostalgique de revenir à une période où l’on trouvait des publicités pour des cigarettes. Le processus de création est souvent le même : Thomas Mailaender accumule souvenirs, artefacts et objets puis les rapproche et les confronte à l’histoire de l’art avant de croiser les temporalités et les procédés techniques pour faire naître une collision esthétique.

Thomas Mailaender, Rothmans King Size, 2026, voilier pour bassin, impression à l’encre UV sur voiles en toile de coton, 51 × 37 × 10 cm. Photo : J-C Lett.  Courtesy de l’artiste et de Double V Gallery.

Katherinne Fiedler chez Mueve (Lima)

Diplômée en peinture de la faculté des Beaux-Arts de l’Université de Barcelone, Katherinne Fiedler (née en 1982), artiste péruvienne, oriente ses recherches plastiques autour de la Bièvre, rivière qui fut tour à tour polluée, canalisée puis enfouie sous la terre. Elle utilise les matériaux liés au lieu : le cuivre et le métal. Pour certaines pièces (dont Humedal, 2026), la sculptrice évoque le milieu aquatique dont la fragilité est signifiée par des chaînes, fines lignes verticales comportant à leur bout des poids de plomb qui stabilisent un équilibre précaire. Pour Garúa (2026), des chaînes en acier inoxydable reproduisent les gouttes de pluie typiques de la ville de Lima, au Pérou.

Katherinne Fiedler, Garúa, 2026, chaîne en acier inoxydable, contrepoids en plomb, acier, crochets en acier inoxydable, 196 × 100 × 10 cm. Courtesy de l’artiste et de Mueve.

Christina May Carey chez Laila (Sydney)

L’Australienne Christina May Carey (née en 1985) utilise les écrans digitaux iPhones et iPads pour illustrer de manière frontale le sentiment d’intimité et d’oppression généré par les médias numériques. Des vidéos de souris tournent en boucle, fragmentées au moyen de plusieurs sources de diffusion simultanées. Disposés comme de longs filaments ou des mèches de cheveux, des câbles noirs relient les différents postes d’observation de l’installation, participent à créer une boucle visuelle hypnotique. Christina May Carey souligne pour mieux les dénoncer les technologies de surveillance contemporaine.

Christina May Carey, Rattails, 2024, vidéos HD, différents modèles d’iPhone et d’iPad, rallonges électriques. Courtesy de l’artiste et de Laila.

Radu Comsa chez Sabot (Cluj-Napoca)

Les recherches plastiques de l’artiste roumain Radu Comșa (né en 1975) s’axent autour de la peinture qu’il fait devenir « transmutée », sculpturale. L’œuvre picturale devient objet, se déploie dans l’espace. Le plasticien est nourri de l’art conceptuel, de l’architecture moderniste et de la musique atonale. Par sa pratique, la peinture s’émancipe de la surface, devient autonome. La couleur, elle aussi, sort du cadre pour s’étendre sur du textile.

Radu Comșa, Engineered Null (alpha channel), 2026, tissu en polyester (production industrielle), aluminium, acier, corde en silicone, briques de béton, roues industrielles, 220 × 175 × 175 cm. Courtesy de l’artiste et de Sabot.

Joshua Merchan Rodriguez chez Sissi Club (Marseille)

Diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2024, exposé à « 100% l’Expo » à La Villette cette année, le Colombien Joshua Merchan Rodriguez (né en 1996) dévoile une installation conçue à l’occasion d’une résidence à Ojalá à Paris mais aussi une quinzaine d’héliogravures sur cuivre. « Les métaux m’intéressent en tenant compte du contexte historique et des enjeux qui existent autour de leur exploitation, que ce soit le cuivre, l’or ou encore l’argent, qu’on parle de colonisation, de pratiques extractivistes actuelles ou d’exploitation intensive des ressources », déclare-t-il. L’artiste se dit fasciné par les teintes colorées que peut prendre le cuivre selon la température qu’on lui impose dans les différentes boîtes de propylène pensées pour l’installation Panmetallism (2025). Sensible à la question écologique, le plasticien utilise exclusivement des matériaux recyclés : objets trouvés en brocante, déchets et plastique.

Joshua Merchan Rodriguez, Panmetallism, 2025, matériaux divers, dimensions variables. Courtesy de l’artiste et de Sissi Club.

Michalis Papamichael chez Velychko Gallery (Paphos)

Michalis Papamichael (né en 1978) est sculpteur et photographe. Originaire de Chypre, diplômé des Beaux-Arts de Munich, il emploie des matériaux et des pigments locaux, à l’image du papier d’eucalyptus, pour pouvoir en diffuser la mémoire et l’histoire. La matérialité, les significations sociales et politiques sont au cœur de son travail. Ses pièces récentes prennent la forme d’une marqueterie réalisée à partir d’un moulage en papier mâché. Sur le stand de la foire, elles dialoguent avec le lustre de l’artiste ukrainienne Olga Stein.

Michalis Papamichael, Sans titre, 2025, papier d’eucalyptus et pigments locaux de Chypre, 36 × 46 cm. Courtesy de l’artiste et de Velychko.

Maria Freire Montané chez Chiquita Room (Barcelone)

Après s’être formée à la céramique et avoir expérimenté la performance, Maria Freire Montané (née en 1995) s’est initiée à la peinture. Son emploi des matériaux est hybride, son approche plurielle. Sur la foire, la galerie espagnole Chiquita Room expose ses sculptures et ses tableaux à l’esthétique minimaliste : « Pour Panal de Hifas, j’ai beaucoup travaillé avec le poids de mon corps en m’allongeant sur la sculpture et en l’enlaçant à plusieurs reprises. C’est une œuvre qui véhicule l’air, et il me semble voir dans cette boîte une grande étreinte, forte et chaleureuse », explique l’artiste. L’œuvre est réalisée à partir de pâtes de céramique et de laine vierge de la Garrotxa, région montagneuse de Catalogne. Un dialogue avec la nature et la terre qui explore différentes ressources naturelles du lieu : racines d’arbres et de plantes.

Maria Freire Montané, Panal de Hifas, 2026, matériaux divers, dimensions variables. Photo : Alba Ubieto. Courtesy de l’artiste


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