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Monolithes et grains de blé : Rémi Marcel investit Saint-Eustache

Lauréat 2026 du Prix Rubis Mécénat, Rémi Marcel (né en 2002) installe deux demi-colonnes monumentales au milieu de l’église Saint-Eustache. Du vivant à l’inerte, du littéral au symbolique, l’installation tire habilement le fil de la charge métaphorique du blé et de sa culture.

Depuis le 6 octobre, un étrange prodige s’opère au sein de l’église Saint-Eustache, dans le quartier des Halles à Paris. Deux fois par jour, l’une des grandes structures installées dans la nef s’active et se transforme en fontaine, arrosant des graines de blé plantées à son pied par les visiteurs. Cela n’a rien d’un miracle. Il s’agit de l’œuvre de Rémi Marcel, 24 ans, tout juste diplômé des Beaux-Arts de Paris et récipiendaire du Prix Rubis Mécénat. 

Pour cette sixième édition, le jeune sculpteur a pu compter sur la complicité de la critique et commissaire d’exposition Oulimata Gueye. Il en résulte une œuvre monumentale, radicale dans sa forme quoique parfaitement intégrée au contexte patrimonial dans lequel elle prend place. Un projet qui parle du vivant, mais surtout de notre rapport à la nature, à son exploitation et à sa domestication. Il faut dire que Rémi Marcel connaît bien ces thématiques. Lui qui a suivi une formation de cuisinier-pâtissier avant d’entrer aux Beaux-Arts, ne renie rien de ses premiers enseignements. Au contraire, il les a toujours placés au cœur de ses recherches, faisant de la nourriture un matériau à part entière, et du geste de cuisiner (ou ici celui de cultiver) un moyen de construire des moments de rencontres et d’interaction avec le public, rendu plus usager de ses œuvres que simplement visiteur.

Ce goût des situations simples, des gestes humbles et du partage ne pouvait que trouver une caisse de résonance idéale sous les voûtes de Saint-Eustache, lieu de recueillement, mais aussi de passage et d’échanges quotidiens. C’est d’ailleurs en levant les yeux vers ces voûtes et l’impressionnante structure gothique qui les porte que s’est imposée la forme de son installation : deux armatures de demi-colonnes, aux mensurations identiques à celles des piliers de l’église, installées symétriquement de part et d’autre des rangées de bancs. Celle côté sud intègre un panneau en argile, un système d’irrigation et un bac de terre semée de blé, quand celle côté nord en est la version négative moulée en plâtre. L’une travaille avec le vivant et se transforme au fil du temps ; l’autre, déjà achevée, fige les formes d’un advenu. 

Car si nous parlions de passage, il faut surtout parler de celui du temps, qui s’écoule et s’étire, accélère ou reprend. Au-delà des formes de son architecture, Rémi Marcel a en effet puisé dans l’histoire du lieu et de son quartier de quoi nourrir son propre récit. Dans ce qu’il fut – une halle au grain – autant que dans ce qu’il est – un lieu de culte. En suivant le fil des relations, l’artiste ouvre alors une lecture plus vaste, tirant profit du double sens du mot « culture » pour replacer le blé comme origine de notre civilisation. Une semence tirée de la nature, domestiquée par l’homme et qui, devenant la base de notre alimentation, organisa progressivement nos modes de vie, nos sociétés, nos échanges commerciaux, jusqu’à nous soumettre à son tour à l’autorité de sa valeur et de son cours. En l’installant dans une église, en l’édifiant tel qu’un autel, Rémi Marcel fait de ce grain et de son cycle de germination le vecteur d’un discours nouveau, débarrassé de toute logique marchande. Il le change en objet d’une spéculation non plus financière mais symbolique, un support de réflexion quasi-anthropologique. A-t-il déjà été aussi juste de dire que l’art nourrit les esprits ? •


Exposition de Rémi Marcel – Prix Rubis Mécénat
Jusqu’au 29 novembre 2026 à l’église Saint-Eustache
2, impasse Saint-Eustache — 75001 Paris
rubismecenat.fr


Carte blanche à Rémi Marcel, Beaux-Arts de Paris, courtesy de Rubis Mécénat, église Saint-Eustache, 2026. Photo : InstanT Productions.

Carte blanche à Rémi Marcel, Beaux-Arts de Paris, courtesy de Rubis Mécénat, église Saint-Eustache, 2026. Photo : InstanT Productions.

Carte blanche à Rémi Marcel, Beaux-Arts de Paris, courtesy de Rubis Mécénat, église Saint-Eustache, 2026. Photo : InstanT Productions.

Carte blanche à Rémi Marcel, Beaux-Arts de Paris, courtesy de Rubis Mécénat, église Saint-Eustache, 2026. Photo : InstanT Productions.

Carte blanche à Rémi Marcel, Beaux-Arts de Paris, courtesy de Rubis Mécénat, église Saint-Eustache, 2026. Photo : InstanT Productions.

Carte blanche à Rémi Marcel, Beaux-Arts de Paris, courtesy de Rubis Mécénat, église Saint-Eustache, 2026. Photo : InstanT Productions.

Carte blanche à Rémi Marcel, Beaux-Arts de Paris, courtesy de Rubis Mécénat, église Saint-Eustache, 2026. Photo : InstanT Productions.

Monolithes et grains de blé : Rémi Marcel investit Saint-Eustache