Par Maxime Gasnier

INTERVIEW // Jeune créateur italien, Marco Laganà a passé son enfance immergé dans la société de consommation des années 90. Il dévoile aujourd’hui une première collection de chaussures pour hommes dont l’image s’empare de l’esthétique pop, à travers une communication qui confronte produits de luxe et emballages bon marché.

  • Quel lien peut-on tisser entre vos créations de mode et le langage artistique ?

Marco Laganà : À l’origine, j’ai toujours été inspiré par l’art et le design fonctionnel. Mes repères sont les artistes conceptuels et leur influence que l’on retrouve dans de nombreux domaines, notamment chez les grands designers italiens comme Achille Castiglioni, Ettore Sottsass et Bruno Munari, entre autres. Je suis de 1991 et j’ai grandi avec l’esthétique du vrai supermarché, tel que Warhol l’exaspérait.

  • Justement, avec The Pop Art Collection, vous faites surtout référence aux produits de consommation, en concevant métaphores et analogies entre l’accessoire et le produit comestible. Quelle est votre démarche ?

Marco Laganà : Figurer entre deux étagères abondantes de produits n’est pas de l’art, mais la réalité. Cela m’a appris à attendre ce qui ne l’était pas. C’est pourquoi je voulais surprendre en plaçant mes produits dans un packaging en forme de boîte de lait, par exemple. Cela explique aussi que notre sneaker soit placée dans un emballage initialement destiné à la viande. […] Ces dernières années, j’ai re-découvert l’importance des produits artisanaux dans ma région et je me suis dit : « Bon, j’ai vécu à l’époque où tout était pop, quand Nintendo représentait le manifeste même de l’industrialisation. Je n’ai donc pas besoin de faire un produit industriel, mais un qui s’ancrera dans l’artisanat ». Cela ne m’a pas empêché de le présenter de manière ennuyeuse : j’ai alors choisi le pop !

  • La communication autour de votre collection semble entretenir une certaine proximité avec les gens. Comment la traitez-vous ?

Marco Laganà : Je pense que même si un produit est de luxe, il ne doit pas être loin de la clientèle. La première chose qui m’importe est tout ce qui fait partie de l’expérience, du toucher, et donc de la proximité. […] Le Pop art est une référence forte pour communiquer parce qu’il est proche des gens. Les pop artistes utilisent d’ailleurs des produits communs pour parler de l’art, c’est un langage universel. Là est le lien : utiliser l’image des produits bon marché pour des produits de luxe. Et cela a eu un fort attrait sur les réseaux sociaux.

  • Pensez-vous que l’art ait une fonction utilitaire lorsqu’il est appliqué à la mode d’une manière générale ?

Marco Laganà : Oui, bien sûr. L’art est toujours utile. Il n’est pas scientifique, vous pouvez en tirez ce que vous voulez. Personnellement, je suis vraiment sensible à l’art, mais je ne pense pas en avoir la même perception que tout le monde. Le type d’art que j’apprécie est celui qui a un concept fort. Il n’a pas à être difficile ou complexe, la plupart du temps, je suis impressionné par un concept simple.

  • Quels sont vos prochains projets ?

Marco Laganà : Dans un premier temps, ce sera la collection Printemps/Été 2016. Puis j’aimerais par la suite développer une collection pour femmes. Je vais aussi travailler comme photographe pour Style TV en Chine et pour le magazine Jing Daily. J’ai beaucoup de projets en tête… […] La vie est incroyable et je ne pense pas que nous ayons suffisamment de temps pour la gaspiller. //


Marco Laganà // www.marcolagana.com