Par Maxime Gasnier

EXPOSITION // Au centre d’art contemporain d’Alfortville La Traverse, une exposition établit une représentation collective de la mémoire et de l’héritage historique arménien, à l’occasion du centenaire du génocide. Treize artistes, dont Jonathan Monk et Esther Shalev-Gerz — auteure du fameux Monument contre le fascisme (1986) à Hambourg —, ont été invités pour présenter leurs travaux.

Orientée vers la reconnaissance publique du génocide arménien, l’exposition Je me souviens rapporte l’histoire sensible d’un peuple agité entre un passé tourmenté et la volonté de renaître. Un questionnement traduit par la peinture, l’installation, le dessin et la vidéo, soutenu par des choix plastiques distincts mais dont l’inévitable confrontation manifeste une série de tensions visuelles. « Sont inséparables le déni de la souffrance, les victimes des bourreaux, la reconnaissance du deuil et la justice de la liberté », évoque Esther Shalev-Gerz qui présente son Mémorial du génocide arménien (2010-2015), installé au cœur de l’exposition. De la même manière, Potential Trust (2012-2015) détermine la collison asymétrique d’un marteau en néon, en écho à la dualité entre les diasporas arménienne et turques. Si les tensions visuelles règnent en maître dans la plupart des œuvres présentées, la plupart éclairent une vision, une métaphore personnelle de la souffrance infligée aux Arméniens. Se souvenir, mais comment ? Chez Mounir Fatmi, la violence du message est clairement prononcée, notamment dans sa séquence vidéo en noir et blanc History is not mine (2013) : un marteau bat les touches d’une machine à écrire dans un rythme sec, subordonné à l’omniprésence d’un ruban rouge. La mémoire des programmes d’extermination arméniens est signifiée chez Sophie Bouvier Ausländer par un muret composé de cent briques, où sont inscrits sur chacune d’elles les villes de départs et d’arrivées des déportations (Construction, 2015). Jonathan Monk, lui, choisit la figure symbolique d’un papillon nommé Ulysse pour établir un parallèle entre l’idée de renaissance et d’obstacles (Butterflies Holding Advert In Place (a Kelly Curve Blue), 2014). La relation entre l’immatériel — l’histoire, le souvenir — et le matériel — l’œuvre d’art — s’affirme comme une voie de libération et d’espoir, que La Traverse s’approprie en renouvelant la perception du monument traditionnel. //


Exposition Je me souviens // Du 17 septembre au 21 novembre 2015 at CAC-La Traverse
9 rue Traversière 94140 Alfortville
www.cac-latraverse.e-monsite.com