Photo © Raphaël Lugassy

INTERVIEW // Face aux bouleversements du monde contemporain, le duo Cécile di Giovanni x Mathilde Fernandez investit le Palais de Tokyo pour un cycle de performances, intitulé « ENSEMBLE ». Les artistes y explorent la question de l’avenir et de l’humanité à travers le prisme de rituels polymorphes inédits. 

  • Ce n’est pas la première fois que vous travaillez ensemble. Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Cécile di Giovanni : Nous sommes passées par la même école, la Villa Arson à Nice. Nous avons commencé à travailler ensemble sur la direction artistique du projet musical de Mathilde, sur les photos de son EP « Hyperstition » puis nous avons eu envie d’étendre notre collaboration de manière plus large et plus transversale, en l’occurrence dans le domaine de la performance.  

  • Que vous apportent les disciplines qui vous sont propres dans le duo que vous formez 

Mathilde Fernandez : Nous sommes très complémentaires et nous sommes toutes les deux très transversales au sein même de nos pratiques. Concernant Cécile, entre sculpture, installation, set design, direction artistique, expériences dans le milieu de la mode mais également dans la conception de projets plus complexes de concept. Quant à moi, mon expérience du spectacle, de la mise en scène, de l’image, de la performance, de la musique… Nous continuons à nous pousser l’une et l’autre dans l’exploration de nouvelles formes et de concepts, cette fois-ci dans le projet « ENSEMBLE », notamment sur des collaborations avec d’autres artistes ou d’autres entités, sous une forme plus proche du rassemblement ou du rapprochement que du commissariat traditionnel.

  • « ENSEMBLE », votre résidence au Palais de Tokyo, explore la question du rite. De quelle manière ? 

Cécile di Giovanni / Mathilde Fernandez : Nous appelons cela des « veillées », au nombre de trois : « Ensemble, enfants perdus », « Ensemble, survivre maintenant » et « Ensemble, rallumer le feu ». Chacune réalisant une sorte d’hommage, de moment suspendu où l’on se rencontre et se retrouve — ensemble — autour de sujets qui nous touchent particulièrement : la fin de l’enfance à l’ère du collapse, la survie, celle d’aujourd’hui. Qu’en sera-t-il de demain ? Oser le courage de l’espoir. Tout en restant conscient de l’indéniable tendance auto-destructive de la nature humaine, qui la pousse paradoxalement à chacune de ses fins à envisager d’éternels recommencements. 

  • La performance est-elle pour vous un médium de véhiculer des messages particuliers ? Plus que dans d’autres pratiques ?

Cécile di Giovanni / Mathilde Fernandez : Oui totalement et c’est pour cela qu’il nous semble important de pousser de ce côté-là. Nous avons envie de travailler avec les éléments du vivant, de nos environnements, d’y injecter un peu de rêve mais le focus actuel est de trouver une forme de communication assez directe. De provoquer une rencontre entre les éléments que nous manipulons, les références, les temporalités et, surtout, avec le public. 

  • Quelle vision du monde contemporain partagez-vous ?

Cécile di Giovanni / Mathilde Fernandez : Notre pessimisme est tellement profond qu’il rejoint une forme d’optimisme. Les temps changent indéniablement et ce de plus en plus rapidement. Nous sommes issues d’une génération qui se situe entre deux âges et nous observons une accélération du progrès et du déclin. Nous nous portons volontaires, pour illustrer et parler de cette époque qui est la nôtre. 

  • En quelques mots, quelle est votre définition de l’avenir ?

Cécile di Giovanni / Mathilde Fernandez : Vers des printemps de plus en plus silencieux. //


Résidence « ENSEMBLE » de Cécile di Giovanni x Mathilde Fernandez
Jusqu’au 19 décembre 2019
at Palais de Tokyo
13 avenue du Président Wilson 75116 Paris
www.palaisdetokyo.com


© Palais de Tokyo
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