On fait quoi pendant la Milan Design Week ?

Cathédrale galactique, appartement olfactif, club privé rétro-futuriste… Pendant la Milan Design Week, designers, architectes, maisons de création et foire d’art contemporain orchestrent leur présence par des environnements singuliers qui multiplient les expériences esthétiques. 

Visiter L’Appartement d’Antoine Billore pour L’Artisan Parfumeur

Antiquaire, set designer et désormais assembleur, Antoine Billore présente sa première collection de meubles upcyclés à partir d’objets chinés. Par un principe de panneautage qui investit une série de paravents et de chaises en bois massif, il intègre des éléments ornementaux issus de marqueteries ou de bas-reliefs en étain, délaissant un aspect rudimentaire au profit d’une esthétique hybride. « L’idée, c’est de faire quelque chose de nouveau avec des objets un peu désuets, oubliés, délaissés. Je n’éprouve aucune nostalgie pour le passé, ce qui m’intéresse, c’est inventer une fonction nouvelle, changer le regard que l’on porte sur des trucs anciens. Ma démarche est avant tout sentimentale ; je ne me sens en rien designer. », s’exprime Antoine Billore. Révélé lors de la Milan Design Week, cet inventaire qui semble davantage relever du cadavre exquis et du collage investit un appartement privé marqué par l’empreinte olfactive de L’Artisan Parfumeur. Et cela n’est en rien une coïncidence : la maison pionnière en la matière, fondée en 1976 à Paris par Jean Laporte, célèbre ses 50 ans cette année. Du 20 au 26 avril 2026 — Via Giovanni Lulli, 2 – 20131 Milan — artisanparfumeur.com.

Antoine Billore © Leon Prost.

Souffler les quinze bougies de Muller van Severen

Au tour de l’iconique duo belge Muller Van Severen de fêter son anniversaire, à travers une exposition dédiée intitulée « Silhouettes: Celebrating 15 Years » et la parution d’un nouveau livre, malicieusement titré A Lot of Work. En collaboration avec Apartamento et leur galerie (Tim Van Laere), Fien Muller et Hannes Van Severen dévoilent ainsi une quinzaine de chandeliers façonnés dans un unique matériau, l’aluminium, qui s’emparent d’un format extrapolé. Constituant un alphabet de formes monolithiques à hauteur humaine, ces créations réinterprètent les motifs récurrents des designers, imprégnés d’un langage minimal et Bauhaus, tant dans leurs pratiques individuelles qu’en tandem : chaises, armoires, lampes, vases… Les structures sculpturales marquent une certaine clarté formelle, soulignant rythme, proportions et composition, qui, couplée à la couleur des bougies, s’inscrit dans une dimension temporelle. Du 18 au 26 avril 2026 — Ordet, ​Via Filippino Lippi, 4 – ​20131 Milan — mullervanseveren.be.

© Muller Van Severen.

Visiter la première édition de Paris Internationale Milano

Après Paris, la foire d’art contemporain poursuit son investissement éphémère de buildings singuliers en s’installant pour la première fois à Milan. Ce nouveau chapitre inauguré en plein croisement des art week et design week italiennes rassemble plus d’une trentaine de galeries internationales parmi lesquelles figurent Crèvecoeur (Paris), Mountains (Berlin), Stereo (Varsovie) ou encore d’autres déjà établies entre Paris et Milan (Ciaccia Levi, Emanuela Campoli). « Reconnue depuis longtemps pour son rôle dans le façonnement de la culture visuelle, Milan offre un cadre où collection, production et échanges intellectuels sont étroitement liés. […] La sélection comprend des membres de longue date de la communauté Paris Internationale, aux côtés de galeries participant au salon pour la première fois, reflétant ainsi notre engagement constant en faveur d’un dialogue entre les générations, les géographies et les pratiques. », renseigne l’organisation de la foire. Du 18 au 21 avril 2026 — Via Fabio Filzi, 25r – 20124 Milan — parisinternationale.com.

© Paris Internationale.

Explorer la collaboration cc-tapis x Fornasetti

Conjuguant art, design, savoir-faire artisanal et pointe d’ironie, la collection de tapis initiée par la collaboration des deux maisons italiennes rend compte de seize nouvelles pièces qui s’imprègnent autant de l’univers artistique onirique de l’un que des qualités tactiles et matérielles de l’autre. « La rencontre entre Fornasetti et cc-tapis est celle de deux entités unies par une quête constante de recherche, toujours prêtes à explorer les limites de leurs propres univers expressifs. Forte de sa profonde identité artisanale et de son grand respect des matériaux, cc-tapis s’avère être le compagnon de route idéal pour s’engager ensemble sur de nouvelles voies dans le domaine de la décoration et découvrir des horizons créatifs inédits. », indique Barnaba Fornasetti, fils de l’artiste et décorateur Piero Fornasetti (1913-1988). Réalisés exclusivement à partir de fibres naturelles, ces tapis conçus à la main adoptent des formats monumentaux qui replacent le motif au centre de l’objet textile — comme on l’avait déjà vu en 2024 avec la collaboration entre cc-tapis et Gucci. Du 20 au 26 avril 2026 — Piazza Santo Stefano, 10 – 20122 Milan — cc-tapis.com.

© cc-tapis x Fornasetti.

S’inviter dans une garçonnière belge

Au sein d’une résidence privée milanaise, ce projet initié par le designer belge Elias Van Orshaegen et l’architecte d’intérieur Maarten Van Meerbeeck rejoue les codes de la garçonnière historique. Pied-à-terre autrefois utilisé par la classe bourgeoise pour délaisser quelque temps son quotidien plus formel, cet habitat secondaire était doté d’une plus grande liberté d’expression en matière de décoration et favorisait des atmosphères plus intimes, plus expérimentales. « GARÇONNIÈRE » associe ainsi pour la première fois l’approche sculpturale qualifiant le mobilier de Van Orshaegen à l’approche narrative de l’espace intérieur de Van Meerbeeck : l’installation in situ, à la croisée de l’exposition d’objets de design et de l’intérieur domestique, se dote aussi d’une dimension cinématographique : elle s’inspire du rythme décoratif immersif du célèbre fumoir Les Palmiers de Jean Dunand (1877-1942) pour en proposer une version contemporaine, où chaque pièce s’envisage comme une partition architecturale à part entière. Du 21 au 26 avril 2026 — Via San Maurilio, 14 – 20123 Milan — eliasvo.com / maartenvanmeerbeeck.com.

© Elias Van Orshaegen & Maarten Van Meerbeeck.

Galoper à travers la nouvelle collection Hermès Maison

Retour à La Pelota pour Hermès : la maison fondée en 1837 présente sa nouvelle collection d’objets pour l’intérieur dans une scénographie imaginée par Charlotte Macaux Perelman, directrice artistique de l’univers Maison, en duo avec Alexis Fabry. Parmi les pièces présentées, le vase Palladion dont la silhouette sculpturale, clin d’oeil au sac Toupet, s’habille ici d’un fourreau en crin noir et en veau Swift bordé de lézard, surplombé d’une surface en métal martelée à la main. Du 22 au 26 avril 2026 — La Pelota, Via Palermo, 10 – 20121 Milan — hermes.com.

Hermès, vase Palladion en métal palladié martelé, fourreau en crin de cheval. Photo : Charles Nègre. © Hermès.

Pénétrer dans la cathédrale galactique de Baccarat

La combinaison peut sembler insensée : cristal et science-fiction. Pourtant, en pleine design week, Baccarat relève le défi en invitant l’artiste et curatrice Emmanuelle Luciani à imaginer une interprétation inattendue de l’ADN de la maison. « Cette Manufacture, je l’ai regardée comme une bulle temporelle, vaisseau-cathédrale d’un savoir-faire unique habitée par des danseurs-artisans. De là est né Crystal Crypt, une œuvre globale, comme une nouvelle de science-fiction mêlant mouvement, film, scénographie et son. La cristallisation d’un alter temps », évoque-t-elle. Expérience immersive en plein quartier de Brera, le projet — qui emprunte son titre au récit sci-fi The Crystal Crypt (1954) de Philip K. Dick — célèbre la matière tout autant que le geste artisanal, dans un univers sensoriel inédit nourri d’images, de lumières et de sons. Du 21 au 25 avril 2026 — Via Marco Formentini, 10 – 20121 Milan — baccarat.com.

Baccarat, Crystal Crypt by Emanuelle Luciani © Southway Studio.

S’immerger dans l’intérieur rétro-futuriste de Studioutte x De Troupe

Mise en scène dans un décor textile développé avec Dedar, l’exposition « Camera Fissa » réunit le duo milanais Studioutte et le studio californien De Troupe dans une scénographie immersive, inspirée de l’atmosphère rétro-futuriste d’un club privé. Si son titre fait référence au terme cinématographique désignant une caméra fixe, l’espace créé ici « porte une familiarité silencieuse et évoque, presque inconsciemment, les traditions de l’architecture intérieure européenne du début du 20e siècle, où l’ornement, les proportions et la richesse des matériaux façonnent à la fois l’ambiance et les comportements. » L’occasion d’y présenter notamment la nouvelle lampe de table de studioutte, Strata, réalisée en albâtre italien sculpté et en acier noirci, qui explore la relation entre lumière, forme et matière, dans un langage architectural expressif. Du 18 au 25 avril 2026 — Via Volturno, 45 – 20159 Milan — studioutte.com / detroupe.com.

Studioutte, lampe de table Strata. © De Troupe.

On fait quoi pendant la Milan Design Week ?